Créer ou reprendre une entreprise grâce à un réseau d’entrepreneurs
Réseau Entreprendre Martinique : créer et reprendre une entreprise grâce à l’accompagnement entre entrepreneurs
Dans l’émission « Terre d’Innovation » diffusée sur Zitata TV, Manuel MONDÉSIR reçoit Michel CORIDON, chef d’entreprise et initiateur du Réseau Entreprendre en Martinique, et Miguel RADOM, Directeur général du Réseau Entreprendre Martinique.
Créé en 2011, ce réseau d’entraide entre entrepreneurs bouleverse les codes de l’accompagnement entrepreneurial en Martinique avec un modèle fondé sur la gratuité, la bienveillance et la réciprocité.
Plus de 100 entrepreneurs accompagnés, 600 à 700 emplois créés, et un taux de survie des entreprises de 90% à cinq ans : découverte d’un écosystème qui transforme les porteurs de projets en employeurs durables.
Découvrez l’épisode sur Youtube :
- L’origine du Réseau Entreprendre en Martinique : changer le regard sur les chefs d’entreprise
- Les trois piliers du Réseau Entreprendre : personne, gratuité, réciprocité
- Le parcours d’accompagnement : de la candidature au comité d’engagement
- Le prêt d’honneur : un levier financier stratégique
- L’accompagnement humain : la vraie valeur ajoutée
- Des résultats qui parlent : 90% de survie à cinq ans
- Deux programmes distincts : création et croissance
- La reprise d’entreprise : un enjeu majeur pour la Martinique
- Un écosystème entrepreneurial qui se structure
- Appel aux chefs d’entreprise : rejoignez le mouvement
- Comment contacter le Réseau Entreprendre Martinique
L’origine du Réseau Entreprendre en Martinique : changer le regard sur les chefs d’entreprise
Une réaction au mouvement social de 2009
L’histoire du Réseau Entreprendre Martinique trouve son origine dans un contexte social tendu. En 2009, la Martinique connaît un important mouvement social qui marque profondément Michel CORIDON, chef d’entreprise local.
« En 2009, il y a eu un mouvement social en Martinique qui m’a perturbé.
Perturbé dans le sens où j’entendais beaucoup de personnes dire que les chefs d’entreprise sont des voleurs, des arnaqueurs, des gens pas sérieux. Et en tant que chef d’entreprise, je ne me reconnaissais pas dans ces propos-là », explique Michel CORIDON.
Face à cette perception négative de l’entrepreneuriat, il décide de réagir avec un objectif clair : démontrer que les entrepreneurs martiniquais aiment leur territoire et s’investissent pour son développement.
Un modèle éprouvé importé de l’Hexagone
Plutôt que de réinventer la roue, Michel CORIDON et un petit groupe de chefs d’entreprise décident de s’inspirer d’un modèle qui a fait ses preuves en France métropolitaine : le Réseau Entreprendre, une fédération nationale d’associations d’entrepreneurs.
« Nous avons pris contact avec la fédération et avec l’aide de la fédération, nous avons décidé effectivement de monter un Réseau Entreprendre en Martinique », précise-t-il.
Officiellement créée en 2011, l’association martiniquaise adapte ce modèle aux spécificités locales tout en conservant ses valeurs fondamentales.
L’objectif est ambitieux : montrer qu’entreprendre accompagné fait la différence entre un projet fragile et une réussite durable.
Cette démarche de structuration et d’accompagnement rejoint les approches développées dans la formation Création d’Entreprise, qui préparent les porteurs de projets aux réalités de l’entrepreneuriat dans une économie digitalisée.
« Pour créer des emplois, créons des employeurs »
Le slogan du Réseau Entreprendre résume parfaitement sa philosophie : « Pour créer des emplois, créons des employeurs ». Dans un territoire où le taux de chômage est deux fois supérieur à celui de l’Hexagone, cette approche prend tout son sens.
L’enjeu n’est pas seulement de favoriser la création d’entreprises, mais de s’assurer que ces entreprises survivent, se développent et créent de l’emploi durable sur le territoire martiniquais. Une mission qui nécessite un accompagnement structuré et de long terme.
Les trois piliers du Réseau Entreprendre : personne, gratuité, réciprocité
La personne avant le projet
Le premier pilier du Réseau Entreprendre est le focus sur la personne. Contrairement à d’autres structures d’accompagnement qui évaluent principalement la viabilité technique ou financière d’un projet, le Réseau place l’entrepreneur au centre de l’évaluation.
« Le respect de la personne est quelque chose de fondamental en Martinique. C’est important de mettre cet accent sur la personne parce que quand nous sommes jeunes porteurs de projet, nous regardons la personne, sa capacité de devenir un chef d’entreprise, sa capacité d’écoute, sa capacité d’être accompagnable », explique Michel CORIDON.
Cette approche reconnaît que la réussite d’une entreprise dépend autant, sinon plus, des qualités personnelles de l’entrepreneur que de la qualité intrinsèque du business plan.
La capacité d’écoute, l’humilité, la résilience, l’ouverture au conseil constituent des critères essentiels d’évaluation.
La gratuité totale de l’accompagnement
Le deuxième pilier est la gratuité absolue de l’accompagnement. Aucune contribution financière n’est demandée aux porteurs de projets accompagnés par le Réseau Entreprendre.
« Il faut que ce soit gratuit, il ne faut pas que ce soit payant, il ne faut pas que la monnaie circule entre ces deux personnes-là et la gratuité aussi a du sens dans la mesure où tout ce que nous faisons est 100% gratuit pour un porteur de projet », insiste Michel CORIDON.
Cette gratuité ne signifie pas absence de valeur, bien au contraire. Elle garantit que l’accompagnement reste désintéressé, fondé uniquement sur la volonté de faire réussir l’entrepreneur, sans aucun conflit d’intérêts. L’engagement bénévole des chefs d’entreprise qui accompagnent est au cœur de ce modèle.
La réciprocité : donner après avoir reçu
Le troisième pilier est la réciprocité, qui assure la pérennité du modèle. Les entrepreneurs accompagnés ont vocation à devenir, une fois leur entreprise stabilisée, des membres actifs de l’association qui accompagneront à leur tour de nouveaux porteurs de projets.
« On lui a donné, on attend de lui qu’il donne. Il faut que l’association tourne. Donc les jeunes entrepreneurs que nous avons accompagnés doivent devenir demain des membres de l’association de façon à faire exactement la même chose », précise Michel CORIDON.
Cette logique de transmission crée un cercle vertueux où chaque génération d’entrepreneurs soutient la suivante, construisant progressivement un écosystème entrepreneurial solide et solidaire en Martinique.
Le parcours d’accompagnement : de la candidature au comité d’engagement
Les critères d’éligibilité
Pour bénéficier de l’accompagnement du Réseau Entreprendre Martinique, un projet doit répondre à plusieurs critères essentiels, explique Miguel RADOM, Directeur général de l’association.
Le premier critère est la volonté de créer de l’emploi.
« Il faut premièrement que le projet ait la volonté de créer de l’emploi. Il faut avoir un minimum d’ambition. Un entrepreneur qui se lance et dit je vais me lancer seul et je vais tout faire tout seul, c’est très bien, mais ce n’est pas exactement dans l’ADN de Réseau Entreprendre », précise-t-il.
Le deuxième critère concerne l’investissement personnel.
Le porteur de projet doit investir un minimum et s’engager personnellement avec un apport financier sur son projet. Cette exigence garantit que l’entrepreneur est véritablement impliqué et prêt à prendre des risques pour son entreprise.
Ces critères permettent de cibler les projets qui auront le plus d’impact économique sur le territoire martiniquais en termes de création d’emplois durables.
La phase d’étude : challenger le business plan
Une fois le projet jugé éligible après un premier rendez-vous, commence une phase d’étude intensive de 2 à 4 mois. Durant cette période, le porteur de projet est challengé sur son business plan par un membre de l’association.
Cette phase n’est pas une simple validation formelle. Il s’agit d’un véritable travail de fond où le projet est décortiqué, questionné, amélioré. Le futur chef d’entreprise doit défendre ses choix, affiner son modèle économique, identifier les risques et les opportunités.
Cette méthodologie de structuration de projet rejoint celle enseignée dans la formation Gestion de projet augmentée avec l’IA, qui permettent d’organiser, planifier et suivre efficacement un projet entrepreneurial.
Le comité d’engagement : un vote à l’unanimité
L’étape cruciale du parcours est le comité d’engagement, où le porteur de projet « pitche » son projet devant un comité constitué d’entrepreneurs expérimentés. La particularité de ce comité est son exigence : la décision doit être prise à l’unanimité.
« Il sera amené à pitcher son projet devant un comité d’engagement. Le comité doit valider, donc un comité constitué d’entrepreneurs qui doivent voter à l’unanimité et valider la possibilité pour ce projet d’être accompagné par Réseau Entreprendre », explique Miguel RADOM.
Cette unanimité garantit que tous les membres du comité croient réellement au projet et à la capacité de l’entrepreneur à le mener à bien.
C’est un gage de sérieux et de crédibilité fort, notamment auprès des partenaires financiers qui participent également à ces comités, dont les banques.
Le prêt d’honneur : un levier financier stratégique
Un prêt à taux zéro de 15 000 à 50 000 euros
L’un des outils financiers phares du Réseau Entreprendre est le prêt d’honneur, d’un montant compris entre 15 000 et 50 000 euros selon le programme (création ou croissance), à taux zéro.
« L’accompagnement, c’est un prêt d’honneur à taux zéro à la personne qui va de 15 à 50 000 euros et un suivi par un chef d’entreprise pendant 24 mois avec des points mensuels sur l’activité », détaille Miguel RADOM.
Ce prêt présente plusieurs caractéristiques distinctives : il est remboursable sur cinq ans avec un différé d’un an, laissant ainsi le temps à l’entreprise de démarrer son activité avant de commencer à rembourser.
Surtout, il est personnel, c’est-à-dire accordé à l’entrepreneur lui-même et non à l’entreprise.
L’effet de levier auprès des banques
L’objectif du prêt d’honneur est de renforcer les fonds propres et l’apport personnel de l’entrepreneur pour créer un effet de levier auprès des banques.
Miguel RADOM illustre le mécanisme : « Supposons que sur un projet de 100 000 euros, j’ai un apport de 20 000 euros. Nous, réseau, on va apporter 40 000 euros, donc deux fois le montant de l’apport du porteur de projet pour que derrière, en financement bancaire, il ait à solliciter 40 000 euros aussi. »
Cette structure de financement présente plusieurs avantages.
D’abord, elle facilite grandement l’accès au crédit bancaire, les banques participant aux comités d’engagement et considérant l’engagement du Réseau comme un gage de sérieux.
Ensuite, elle réduit le coût global de l’endettement puisqu’une partie significative du financement est à taux zéro.
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Un message aux aspirants entrepreneurs : l’apport est indispensable
Miguel RADOM insiste sur un point fondamental souvent méconnu : « C’est peut-être un message aussi à faire passer aux entrepreneurs ou aspirants entrepreneurs. Pour entreprendre, il faut forcément s’engager aussi en investissant. Donc il faut un apport minimum. »
Créer une entreprise nécessite un engagement financier personnel. Cette exigence n’est pas une contrainte arbitraire, mais une garantie de l’implication réelle de l’entrepreneur dans son projet.
Elle démontre sa capacité à épargner, à mobiliser des ressources, et sa confiance dans son propre projet.
L’accompagnement humain : la vraie valeur ajoutée
Le matching entrepreneur-mentor
Si le prêt d’honneur constitue un soutien financier appréciable, la vraie valeur ajoutée du Réseau Entreprendre réside dans l’accompagnement humain sur 24 mois par un chef d’entreprise expérimenté.
« L’accompagnement est 100% personnalisé et il est également fait par des chefs d’entreprise« , souligne Miguel RADOM. Le choix du mentor est crucial et fait l’objet d’un travail minutieux de matching.
« Avec la chargée de mission et les membres souvent du conseil d’administration ou autres, membres qui ont une bonne connaissance de l’association comme Michel, on va identifier par rapport aux porteurs de projet, à ce qu’il a présenté en comité, à la façon dont on a challengé son business plan, à ce qu’on perçoit la bonne personne pour faire le bon match », explique-t-il.
Une fois le matching potentiel identifié, une phase informelle commence : déjeuner, rencontre dans l’entreprise de l’un ou de l’autre, échanges pour vérifier la compatibilité humaine.
Ce n’est qu’après confirmation mutuelle de la volonté d’accompagner et d’être accompagné que l’accompagnement officiel de 24 mois débute.
Des points mensuels sur tous les aspects de l’entreprise
L’accompagnement se concrétise par des points mensuels réguliers où sont abordés l’activité, les tableaux de bord, le moral du dirigeant, les problématiques rencontrées.
« C’est bien de se lancer et de conceptualiser un business plan. La réalité, c’est quand on est au pied du mur et quand on a vraiment lancé sa boîte. Donc nous, on offre ce suivi bénévole pendant deux ans avec aussi du collectif qui permet de briser l’isolement du chef d’entreprise », précise Miguel RADOM.
Cette dimension collective est essentielle. Au-delà de la relation bilatérale mentor-entrepreneur, le Réseau organise des événements fédérateurs : conviviales, petits déjeuners, bureaux élargis.
Ces moments de rencontre permettent aux entrepreneurs de se constituer un réseau, d’échanger sur leurs difficultés communes, de partager des contacts et des opportunités.
Un enrichissement mutuel mentor-entrepreneur
Pour Michel CORIDON, l’accompagnement bénéficie autant au mentor qu’à l’entrepreneur accompagné. « C’est très riche pour plusieurs raisons. C’est que lorsqu’on accompagne des chefs d’entreprise, des jeunes porteurs de projets, déjà on a en face de nous quelqu’un de beaucoup plus jeune que nous, qui n’a pas la même vision que nous, et il faut coordonner les deux visions. »
Il poursuit : « Le porteur de projet va aussi apporter beaucoup à cet accompagnant dans la mesure où il va le bousculer et remettre des choses en place. Et puis pour le chef d’entreprise qui accompagne, souvent il donne des conseils, il donne à ce porteur de projet des conseils en lui disant, voilà, il faudrait que tu fasses ça comme ci, comme ci, comme ça. Et puis ils se rendent compte que je suis en train de lui dire des choses que je ne fais même pas chez moi. »
Cette remise en question profite donc aux deux parties : l’entrepreneur bénéficie de l’expérience et du recul d’un dirigeant confirmé, tandis que le mentor se remet lui-même en question et améliore potentiellement ses propres pratiques.
Des résultats qui parlent : 90% de survie à cinq ans
Un taux de survie exceptionnel
Les chiffres du Réseau Entreprendre Martinique démontrent l’efficacité de son modèle d’accompagnement.
Miguel RADOM partage des données édifiantes : « Le taux de survie des entreprises qu’on a accompagnées à cinq ans, alors c’est vrai que les deux dernières années ont été difficiles sur le plan économique, on le sait, le Covid aussi est passé par là, mais globalement on tourne autour de 90% de survie des entreprises qu’on accompagne. »
Ce chiffre est remarquable quand on sait que le taux de survie moyen des entreprises en France tourne autour de 50% à cinq ans. L’accompagnement du Réseau Entreprendre double donc pratiquement les chances de réussite d’une création d’entreprise.
Plus de 600 emplois créés par une centaine d’entrepreneurs
Au-delà de la survie des entreprises, l’impact se mesure en création d’emplois durables.
« Les entreprises accompagnent, on en a accompagné une centaine d’entrepreneurs, on est autour de 600 à 700 emplois créés durables sur le territoire », précise Miguel RADOM.
Certes, ce chiffre peut sembler modeste face à l’ampleur du chômage en Martinique. Mais comme le reconnaît l’animateur de l’émission, « c’est peu, mais c’est comme on dit, café sac » (chaque petite contribution compte). Surtout, ces emplois sont durables, créés par des entreprises viables, contrairement à des emplois subventionnés ou précaires.
Plus de 120 porteurs de projets reçus par an
Le Réseau Entreprendre Martinique a gagné en notoriété et en crédibilité au fil des ans.
Michel CORIDON témoigne de cette évolution : « Au début, les jeunes porteurs de projets avaient des doutes, se méfiaient un petit peu de cette association et puis petit à petit ils ont compris que nous étions vraiment là pour les aider et les accompagner et aujourd’hui on reçoit plus de 120 porteurs de projets par an. »
Cette progression démontre que le bouche-à-oreille fonctionne et que les entrepreneurs accompagnés témoignent positivement de leur expérience, incitant d’autres porteurs de projets à franchir la porte du Réseau.
Deux programmes distincts : création et croissance
Le programme Création : de 0 à 3 ans
Le Réseau Entreprendre propose deux programmes adaptés à différentes phases de vie de l’entreprise. Le premier, appelé programme Création (anciennement Start), s’adresse aux entrepreneurs en phase de création d’entreprise, de 0 à 3 ans d’existence.
Ce programme offre un prêt d’honneur pouvant aller jusqu’à 50 000 euros et un accompagnement sur 24 mois par un chef d’entreprise expérimenté. Il vise à sécuriser le lancement de l’activité, à éviter les erreurs classiques des primo-entrepreneurs, et à poser les bases d’une croissance durable.
Le programme Croissance : passer à l’échelle
Le second programme, appelé Croissance (anciennement Booster), s’adresse aux entreprises en développement qui souhaitent passer à l’échelle supérieure.
« Quand je dois passer à l’échelle, j’ai un projet qui va nécessiter de l’emploi. On est sur un prêt d’honneur qui est supérieur, qui va jusqu’à 100 000 euros. Et on est sur un programme qui est un petit peu plus corsé pour les dirigeants qui veulent passer à l’échelle », explique Miguel RADOM.
Ce programme accompagne les phases de développement stratégique : changement de dimension, investissements importants, internationalisation, diversification d’activité. Les enjeux et les défis ne sont plus les mêmes que lors de la création, nécessitant un accompagnement adapté.
La reprise d’entreprise : un enjeu majeur pour la Martinique
4 000 dirigeants martiniquais bientôt à la retraite
La reprise d’entreprise constitue un enjeu économique majeur pour la Martinique. Environ 4 000 dirigeants martiniquais s’approchent de l’âge de la retraite et devront céder leurs entreprises dans les années à venir.
Michel CORIDON insiste sur l’importance de cette problématique : « Il y a des entreprises qui vont bientôt se retrouver dans des problématiques de départ à la retraite de leurs dirigeants et il faut effectivement qu’elles soient reprises. »
Il évoque une expérience marquante :
« J’ai vu une entreprise fermée au Marin, un jeune entrepreneur, un monsieur d’un certain âge, entrepreneur, qui a quand même baissé le rideau, au lieu de chercher à trouver un repreneur ou une même vente de son affaire. Ça, c’est quand même un peu triste, c’est quand même une activité économique qui ferme, mais ce n’est pas ça. C’est des emplois qui se perdent, ce n’est pas très bon. »
Des opportunités à saisir pour les jeunes entrepreneurs
Cette vague de départs à la retraite représente autant d’opportunités pour de jeunes entrepreneurs, notamment ceux de la diaspora qui souhaiteraient revenir en Martinique pour entreprendre.
Miguel RADOM encourage vivement cette voie :
« Il n’est pas forcément plus simple de se lancer dans la reprise, mais c’est beaucoup moins risqué et ça demande moins de temps pour arriver à se dégager une rémunération et à développer un business. »
Reprendre une entreprise existante présente en effet plusieurs avantages : une clientèle déjà constituée, des process établis, une équipe en place, un historique financier. Les risques sont moindres que lors d’une création ex nihilo.
Des dispositifs d’accompagnement à la reprise
Pour faciliter la transmission-reprise, plusieurs acteurs se mobilisent en Martinique. Miguel RADOM mentionne notamment la CCI Martinique qui a mis en place une bourse transmission-reprise (Transentreprise) avec une équipe dédiée.
« Il ne faut pas hésiter à se rapprocher d’eux, des experts-comptables, des banques, etc. Développer son réseau, en fait, pour identifier les opportunités et reprendre. Et nous, on sera là pour accompagner avec toujours cette offre de prêt d’honneur à taux zéro et d’accompagnement humain de suivi pendant 24 mois par un dirigeant expérimenté », assure-t-il.
Le Réseau Entreprendre accompagne donc aussi bien les créations que les reprises d’entreprises, avec la même exigence et les mêmes outils.
Un écosystème entrepreneurial qui se structure
Des événements pour briser l’isolement
Au-delà de l’accompagnement individuel, le Réseau Entreprendre Martinique organise régulièrement des événements collectifs qui permettent de créer du lien entre entrepreneurs.
« On a des conviviales, des petits déjeuners, des bureaux élargis. On se rend bien compte que ces moments de rencontre sont précieux pour les entrepreneurs. Ils en ont besoin. Quand on entreprend, la plus grande difficulté, c’est d’être seul face à sa copie, face à décisions, face parfois à des décisions difficiles qu’on doit prendre », explique Miguel RADOM.
Ces événements permettent de briser l’isolement du dirigeant, un phénomène souvent sous-estimé mais qui peut avoir des conséquences graves sur la santé mentale des entrepreneurs et sur la pérennité de leurs entreprises.
Un groupe WhatsApp actif et solidaire
La solidarité entre entrepreneurs se manifeste aussi au quotidien, notamment via un groupe WhatsApp où les membres partagent des contacts, des informations, des actualités, des opportunités.
« Le fait d’être dans un réseau, de pouvoir s’appuyer sur un tel, un tel, de connaître un tel, qui connaît un tel, parce qu’il y a aussi ça, il y a aussi le groupe WhatsApp qui vit, donc on partage des contacts, on partage des informations, des actualités, etc. En fait, ça donne le sentiment qu’on n’est pas tout seul », témoigne Miguel RADOM.
Cette entraide permanente entre entrepreneurs constitue une ressource précieuse, notamment pour trouver des fournisseurs, des partenaires, des solutions à des problématiques communes.
La solidarité entrepreneuriale comme impératif
Pour Miguel RADOM, la solidarité entrepreneuriale n’est plus un luxe mais une nécessité absolue.
« Aujourd’hui, j’ai presque envie de dire la solidarité entrepreneuriale, c’est un must have. On ne peut pas faire sans. Juridiquement, ça devient compliqué. Fiscalement, ça devient compliqué. En termes d’emploi, il y a énormément de choses qui se complexifient. La technologie aussi avance très vite. Les sujets d’IA, etc. »
Il poursuit :
« Et on n’a pas toutes les compétences, on ne sait pas tout. Donc, c’est important de s’appuyer justement sur un réseau d’entrepreneurs tant pour les membres, donc les chefs d’entreprises expérimentés qui adhèrent à l’association, que pour les entrepreneurs lauréats, les nouveaux qui se lancent dans l’entrepreneuriat. »
Cette prise de conscience de la nécessité du travail en réseau et de la mutualisation des compétences constitue une évolution culturelle majeure dans l’écosystème entrepreneurial martiniquais.
La formation d’awitec sur le développement commercial par les réseaux sociaux intègrent également cette dimension de construction et d’animation de communautés, compétence devenue indispensable pour tout entrepreneur moderne.
Appel aux chefs d’entreprise : rejoignez le mouvement
Un engagement bénévole enrichissant
Michel CORIDON lance un appel aux chefs d’entreprise martiniquais pour rejoindre le Réseau Entreprendre en tant que membres accompagnants :
« Tous les chefs d’entreprise sont invités à participer à l’aventure du Réseau Entreprendre. »
Il insiste sur la richesse de cette expérience d’accompagnement bénévole :
« Lorsqu’on accompagne des chefs d’entreprise, des jeunes porteurs de projets, déjà on a en face de nous quelqu’un de beaucoup plus jeune que nous, qui n’a pas la même vision que nous, et il faut coordonner les deux visions. Donc on a une vision de chef d’entreprise avec de l’expérience, un passé, du vécu, et puis un jeune chef d’entreprise qui croit que tout est facile, qu’il suffit d’oser. »
Cette confrontation générationnelle est stimulante :
« Mais des fois il a raison, il faut bousculer des choses. C’est même enrichissant pour un chef d’entreprise. Et les deux sont gagnants dans ce jeu-là. »
Une remise en question salutaire
L’accompagnement d’un jeune entrepreneur oblige le mentor à formaliser ses pratiques, à expliciter son expérience, parfois à se remettre en question.
« Le porteur de projet se trouve gagnant parce qu’il va écouter quelqu’un qui a de l’expérience et il va se dire il faut quand même que je fasse attention. Il y a un monsieur qui veut dire faire des choses, il sait de quoi il parle. Le porteur de projet va aussi apporter beaucoup à cet accompagnant dans la mesure où il va le bousculer et remettre des choses en place », analyse Michel CORIDON.
Il conclut :
« Et puis pour le chef d’entreprise qui accompagne, souvent il donne des conseils, il donne à ce porteur de projet des conseils en lui disant, voilà, il faudrait que tu fasses ça comme ci, comme ci, comme ça. Et puis ils se rendent compte que je suis en train de lui dire des choses que je ne fais même pas chez moi. Il se peut-être que je revoie ma copie aussi parce que chez moi, effectivement, ça a de l’importance. Les deux en sont gagnants. »
Cette dimension de formation continue et d’enrichissement mutuel constitue un argument de poids pour inciter les chefs d’entreprise expérimentés à s’engager dans le Réseau.
Comment contacter le Réseau Entreprendre Martinique
Pour les porteurs de projets
Les porteurs de projets intéressés par l’accompagnement du Réseau Entreprendre peuvent prendre contact via plusieurs canaux :
- Le site internet du Réseau Entreprendre Martinique
- La page LinkedIn avec une demande de contact
- L’adresse email : martinique@reseau-entreprendre.org
« On a tout un processus, on répond sous des délais assez rapides », assure Miguel RADOM.
Il est important de noter que le Réseau reçoit actuellement plus de 120 porteurs de projets par an, témoignant de l’engouement pour ce dispositif d’accompagnement.
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