Focus sur le Financement de l’Innovation en Outre-mer

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Financement de l’innovation en Martinique et Outre-mer : un écosystème exceptionnel encore méconnu

Dans l’émission « Terre d’Innovation » diffusée sur Zitata TV, Manuel MONDÉSIR reçoit Hervé LELARGE, Directeur régional Antilles-Guyane de Bpifrance, et Guillaume GALLET DE SAINT-AURIN, fondateur du cabinet de conseil SINTORIN.

Au-delà de la défiscalisation immobilière, les territoires ultramarins offrent les meilleures conditions de France pour innover. Focus sur un écosystème de financement encore sous-exploité qui pourrait faire de la Martinique un véritable territoire d’innovation.

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Un écosystème de financement structuré mais méconnu

Bpifrance : le banquier public de l’innovation

Bpifrance joue un rôle central dans le financement de l’innovation en Martinique et dans les territoires ultramarins.

Avec une équipe d’une dizaine de personnes réparties entre la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane, l’établissement public représente l’ensemble des métiers de la banque publique d’investissement : financement, garantie des prêts bancaires, financement des créances publiques, international, et bien sûr, innovation.

« Notre idée, c’est vraiment d’amorcer les choses et de donner du temps de faire maturer ces projets pour qu’ils puissent aller voir une banque et se faire financer, j’allais dire normalement », explique Hervé LELARGE.

En 2024, Bpifrance a injecté plus de 400 millions d’euros dans les Antilles-Guyane, dont 9 millions dédiés spécifiquement à l’innovation. L’objectif de la banque publique est de prendre des risques sur des projets encore trop en amont pour intéresser les acteurs privés, avant l’industrialisation et la commercialisation.

SINTORIN : 25 ans d’expertise en défiscalisation et financement

Le cabinet SINTORIN, fondé par Guillaume GALLET DE SAINT-AURIN, accompagne depuis plus de 15 ans les entreprises dans la bonne utilisation des dispositifs de financement et de défiscalisation en Outre-mer.

Avec une équipe de 25 personnes présente dans tous les territoires d’Outre-mer et désormais dans l’Hexagone, le cabinet aide les entreprises à pallier leurs handicaps structurels et à développer leur compétitivité.

« Nous accompagnons les entreprises à la bonne utilisation des différents dispositifs qui leur sont dédiés, notamment en Outre-mer, pour pouvoir pallier des handicaps et pour pouvoir développer leur compétitivité », précise Guillaume GALLET DE SAINT-AURIN.

Cette approche stratégique de l’accompagnement, similaire à celle développée dans la formation en création d’entreprise , permet aux porteurs de projet de naviguer efficacement dans la complexité des dispositifs disponibles.

Une innovation présente mais insuffisamment structurée

Un potentiel embryonnaire à développer

Selon Guillaume GALLET DE SAINT-AURIN, l’innovation existe bel et bien dans les entreprises martiniquaises, mais elle reste « peu connue par rapport aux critères des différents dispositifs qui sont là pour l’encadrer, peu mise en œuvre, donc elle n’est pas structurée, elle n’est pas organisée, elle n’est pas labellisée ».

Cette culture de l’innovation embryonnaire représente un manque à gagner considérable pour les entreprises locales qui pourraient bénéficier de conditions exceptionnelles. Les dispositifs existent, notamment ceux de Bpifrance, mais leur utilisation reste limitée par manque de structuration et de connaissance.

« Je pense que la structuration de l’innovation n’est pas suffisamment présente dans l’écosystème des entreprises localement », déplore-t-il.

Des secteurs dynamiques : cosmétique et digital

Contrairement à d’autres régions où Bpifrance fixe des priorités sectorielles, l’approche en Martinique s’adapte aux spécificités du territoire.

Hervé LELARGE souligne que « sur la partie innovation, on est plutôt un réceptacle et on s’adapte à chacun des territoires. Ce ne sera pas la même chose en Martinique ou en Guyane qu’à Paris ou à Rennes ».

En Martinique, deux secteurs se démarquent particulièrement :

La cosmétique : Le territoire bénéficie d’une biodiversité exceptionnelle et d’un savoir-faire en développement de produits cosmétiques qui attire de nombreux porteurs de projet.

Le digital : Le numérique s’adapte particulièrement bien à l’export et répond à l’étroitesse du marché local. Les start-ups digitales peuvent développer des solutions pour des marchés internationaux depuis la Martinique.

Au-delà de ces deux secteurs phares, Bpifrance accompagne également des projets dans la santé, l’agroalimentaire et pratiquement toutes les thématiques susceptibles de générer de l’innovation.

Le Crédit d’Impôt Recherche et Innovation : un paradis fiscal méconnu

Des taux bonifiés exceptionnels en Outre-mer

Le Crédit d’Impôt Recherche (CIR) et le Crédit d’Impôt Innovation (CII) constituent les principaux dispositifs de soutien aux entreprises en France, représentant une niche fiscale de 7 milliards d’euros.

Ces dispositifs sont sanctuarisés par tous les gouvernements, quelle que soit leur couleur politique, en raison de leur importance stratégique pour maintenir la compétitivité des entreprises françaises.

Au niveau national, le CIR offre une aide de 30% sur les dépenses de recherche et développement, tandis que le CII propose 20% pour les travaux sur prototypes et améliorations. Mais en Outre-mer, ces taux sont considérablement bonifiés.

« Ces deux dispositifs qui, au niveau national, structurent la recherche et le développement sont majorés en outre-mer avec un taux de 50% pour le crédit d’impôt recherche et de 60% pour le crédit d’impôt innovation« , explique Guillaume GALLET DE SAINT-AURIN.

Un jeune ingénieur autofinancé grâce au CIR

L’impact de cette bonification est spectaculaire. Guillaume GALLET DE SAINT-AURIN illustre cette opportunité exceptionnelle avec un exemple concret :

« Sur le crédit d’impôt recherche, il faut savoir qu’avec un taux de 50%, un jeune ingénieur ou un jeune docteur qui viendrait en Martinique avec une affectation 100% dédiée à la recherche et développement serait autofinancé. Le montant du crédit d’impôt recherche lié à son activité serait égal à l’ensemble des coûts liés à l’embauche de cette personne. »

Cette caractéristique unique place la Martinique et les territoires ultramarins parmi les destinations les plus attractives au monde pour la R&D. Guillaume n’hésite pas à parler de « paradis fiscal pour la recherche et le développement« .

Une sous-utilisation dramatique

Malgré ces conditions exceptionnelles, l’utilisation de ces dispositifs reste dramatiquement faible.

« Malheureusement, ce sont deux dispositifs qui sont peu utilisés, à peine par quelques dizaines d’entreprises », regrette Guillaume GALLET DE SAINT-AURIN.

France 2030 : l’innovation accessible au niveau régional

Un plan d’investissement massif

France 2030 constitue un plan d’investissement majeur de 54 milliards d’euros sur cinq ans, destiné à rattraper le retard de la France sur différents sujets stratégiques. Initialement centré sur des appels à projets nationaux très sélectifs, le dispositif a évolué vers une approche plus territorialisée.

« Aujourd’hui, on arrive dans une phase depuis un peu plus d’un an en Martinique qu’on appelle France 2030 régionalisée. Là, les dossiers sont montés et décidés sur place », précise Hervé LELARGE.

Un dispositif co-piloté localement

En Martinique, France 2030 est co-piloté par deux opérateurs :

La Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) qui gère notamment les financements FEDER (Fonds Européen de Développement Régional)

L’État, via les services de la préfecture

Bpifrance intervient comme opérateur technique, rencontrant les porteurs de projet, montant les dossiers et les présentant aux décideurs. Cette décentralisation permet une meilleure adaptation aux spécificités et besoins locaux.

L’aide fiscale à l’investissement : au-delà de l’immobilier

Une loi historique souvent mal comprise

Traditionnellement connue sous le nom de « loi Girardin« , l’aide fiscale à l’investissement en Outre-mer est souvent associée exclusivement à l’immobilier et au tourisme. Pourtant, ce dispositif s’applique pleinement aux projets innovants dans de nombreux secteurs.

« Ce sont des dispositifs qui, effectivement, traditionnellement, ont beaucoup financé l’immobilier ou le tourisme, mais qui sont là aussi pour les projets innovants dans l’agroalimentaire, dans le BTP, dans l’industrie, tous les développements qu’il peut y avoir dans des laboratoires, dans la cosmétique« , explique Guillaume GALLET DE SAINT-AURIN.

Ces dispositifs existent depuis 1986 pour compenser les handicaps structurels des territoires ultramarins, reconnus par l’Union européenne. Ils permettent de financer entre 30% et 35% des investissements en immobilier industriel ou équipements productifs.

Une complémentarité avec les fonds européens

L’un des atouts majeurs de l’aide fiscale à l’investissement réside dans sa cumulabilité avec les fonds européens. L’innovation constitue d’ailleurs la « colonne vertébrale » des fonds européens, qu’ils soient dédiés au fonctionnement ou à l’investissement.

« Toutes les mesures d’accompagnement des entreprises ont une dimension innovation qui doit être démontrée pour pouvoir obtenir ces fonds. Donc un porteur de projet qui a quelque chose d’innovant, quel que soit le secteur d’activité, va forcément trouver un endroit où émarger sur les fonds européens », précise Guillaume GALLET DE SAINT-AURIN.

La CTM peut ainsi financer jusqu’à 60% des projets d’innovation via les fonds FEDER, en complément de l’aide fiscale à l’investissement. Cette fongibilité des aides permet d’optimiser le financement global des projets innovants.

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La stratégie de financement : une approche pluriannuelle indispensable

Définir les poches de dépenses et de subventions

Pour Guillaume GALLET DE SAINT-AURIN, la clé du succès réside dans la définition d’une stratégie de financement claire et structurée.

« Tout d’abord, ce qui est important, c’est de définir une stratégie. C’est de bien identifier quels sont l’ensemble des dépenses auxquelles l’entreprise va devoir faire face sur un plan pluriannuel. Je pense qu’il ne faut pas se limiter à une année, sur deux ou trois ans. »

Cette approche stratégique implique plusieurs étapes :

Identification exhaustive des dépenses : investissements, fonctionnement, R&D, sur un horizon de 2 à 3 ans

Cartographie des dispositifs applicables : CIR, CII, aide fiscale, FEDER, France 2030, Bpifrance…

Affectation des aides aux assiettes : certaines aides sont cumulables, d’autres non. Il faut définir quelle aide financera quelle dépense

Définition de poches distinctes : poches d’investissement, poches de dépenses de fonctionnement, avec leurs poches de subventions correspondantes

Cette méthodologie d’optimisation des processus rejoint les approches développées dans les formations professionnelles sur le pilotage stratégique.

La complémentarité entre dispositifs

Hervé LELARGE insiste sur la cumulabilité des aides de Bpifrance avec les dispositifs fiscaux, à condition de respecter une règle simple :

« C’est totalement cumulable mais pas sur le même objet. C’est-à-dire qu’un objet qui bénéficie d’un CII, par exemple, on pourra pas le financer en plus. Mais on peut financer tout ce qu’il y a à côté. »

Cette complémentarité permet de maximiser le financement global d’un projet innovant en combinant intelligemment les différentes sources de financement disponibles.

L’Accélérateur de croissance Antilles-Guyane : un programme structurant

Un accompagnement premium pour 15 entreprises

Au-delà du financement, Bpifrance développe depuis 3-4 ans une offre d’accompagnement des entreprises ultramarines. Le summum de cet accompagnement est incarné par l’Accélérateur de croissance Antilles-Guyane, un programme intensif qui a bénéficié d’un financement du Ministère des Outre-mer.

« On a eu la chance, grâce au ministère des Outre-mer, qui a pu subventionner cet accélérateur Antilles-Guyane, d’accompagner 15 entreprises, Martiniquaises, Guadeloupéennes et Guyanaises, pendant un petit peu plus d’un an », explique Hervé LELARGE.

Un mix conseil, formation et réseau

Le programme Accélérateur combine trois dimensions complémentaires :

Des missions de conseil personnalisées : chaque entreprise bénéficie de 2 à 4 missions de conseil au sein de l’entreprise sur des sujets de stratégie, transmission, entrée en bourse, digitalisation, décarbonation

Des séminaires de formation : des sessions de 2 à 3 jours tous les trimestres pendant la durée du programme

De la mise en réseau : création de synergies entre les 15 entreprises accompagnées et accès au réseau Bpifrance

« Bpifrance est la première boîte de conseil d’Europe en nombre d’opérations en 2024 et ça va continuer en 2025″, souligne fièrement Hervé LELARGE.

Des entreprises de croissance, pas nécessairement innovantes

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’Accélérateur ne cible pas uniquement des entreprises innovantes.

« Ce ne sont pas des entreprises totalement innovantes, ce sont des entreprises de croissance. On sait que les dirigeants ont l’ambition, on sait qu’ils ont le marché, on sait qu’ils vont faire quelque chose. Et l’idée c’est de les structurer, de les accompagner pour que cette croissance se passe bien. »

Le chaînon manquant : un club de Business Angels

Un écosystème globalement structuré

Interrogé sur les éventuelles lacunes de l’écosystème martiniquais de l’innovation, Hervé Lelarge dresse un bilan globalement positif.

« Il y a quand même beaucoup de financement et le plus compliqué c’est presque de s’y retrouver dans cette jungle d’accompagnement fiscaux ou chez nous ou ailleurs. »

L’écosystème s’est considérablement structuré ces dernières années avec :

  • Des incubateurs performants
  • Le Village by CA (Crédit Agricole)
  • Martinique Développement
  • Le PARM (Pôle d’Accompagnement et de Ressources Martinique)
  • Plusieurs pépinières d’entreprises

« On a un écosystème qui se met en place et qui globalement est en place et n’a pas à rougir », affirme le Directeur régional de Bpifrance.

La vallée de la mort entre 3 et 4 ans

Malgré cette richesse, un maillon crucial fait défaut selon Hervé LELARGE : un club de Business Angels. Ce manque se fait particulièrement sentir dans ce qu’on appelle la « vallée de la mort« , cette période critique située entre la 3ème et la 4ème année de vie d’une start-up.

« Je vois beaucoup d’entreprises mourir au bout de 3 ans, 4 ans, dans ce qu’on appelle la vallée de la mort, c’est-à-dire avant de lever des fonds », déplore Hervé LELARGE.

Qu’est-ce qu’un Business Angel ?

Un Business Angel est « une personne, d’abord, c’est monsieur ou madame qui a un peu d’argent et qui est prêt à investir cet argent dans une start-up, dans une petite entreprise de son territoire », explique Hervé LELARGE.

Il peut s’agir de chefs d’entreprise en activité ou retraités, ou simplement de particuliers prêts à consacrer quelques milliers ou dizaines de milliers d’euros par an pour accompagner des entreprises prometteuses.

Une garantie Bpifrance de 70% en Outre-mer

L’intérêt d’un club de Business Angels serait décuplé en Outre-mer grâce au dispositif de garantie de Bpifrance :

« Nous Bpifrance, on peut garantir, cautionner entre guillemets, ces investissements à hauteur de 50% en métropole et de 70% ici en Outre-mer. C’est un effet de levier qui est énorme. »

Combler le trou de financement entre 150 et 200 000 euros

Le rôle du club de Business Angels serait de combler un trou de financement critique :

« Il manque les 150 ou 200 000 euros qui peuvent donner une année supplémentaire à l’entreprise pour aller lever des fonds, pour aller lever un million, deux millions, trois millions qui lui permettent vraiment de décoller. »

Bpifrance dispose d’un continuum de financement pour les deux premières années :

  • Bourse French Tech : 20 000 euros
  • Avance remboursable : jusqu’à 100 000 euros
  • Prêt d’amorçage : jusqu’à 300 000 euros pour permettre une première levée de fonds

Mais entre la fin de ces dispositifs et la capacité à lever un premier million auprès de fonds d’investissement, il existe un vide que les Business Angels pourraient combler.

ClikOdoc : l’exemple d’une réussite martiniquaise

Une pépite accompagnée dès le démarrage

Bien qu’Hervé LELARGE se montre prudent sur les détails par respect de la confidentialité, il évoque brièvement l’exemple de clikOdoc, une start-up martiniquaise dans le domaine de la santé numérique fondée par Rodolphe HOSPICE.

« C’est une très belle pépite, c’est une très belle réussite, je trouve, pour la Martinique. Je suis aussi très modestement de chez Bpifrance associé à cette réussite, mais en effet, c’est le type d’entreprise qu’on a pu accompagner quasiment à son démarrage. Rodolphe HOSPICE est connu chez nous depuis 10 ans, depuis son démarrage. »

Un parcours exemplaire de financement

Le parcours de clikOdoc illustre parfaitement comment une start-up peut grandir progressivement en mobilisant successivement les différents dispositifs de financement disponibles. Bpifrance a accompagné l’entreprise « au travers des produits dont je parlais tout à l’heure », permettant d’atteindre un prêt d’amorçage qui a donné le temps nécessaire pour négocier une levée de fonds significative.

Cette levée a été réalisée avec Kaomi, le fonds du Crédit Agricole, démontrant qu’une entreprise martiniquaise peut attirer des investisseurs institutionnels et lever des montants substantiels.

Un modèle à suivre pour la jeunesse

« C’est très bien si vous l’avez reçu dans votre émission parce qu’il faut montrer aux jeunes Martiniquais qu’on peut réussir en Martinique, qu’on peut réussir en partant de zéro avec juste des idées et l’envie de travailler, une belle équipe à monter petit à petit, à passer les caps qui ne sont pas faciles, c’est évident, et d’arriver à lever des fonds et puis après d’avancer », insiste Hervé LELARGE.

Ce type de success story est essentiel pour inspirer les futurs entrepreneurs martiniquais et démontrer la viabilité de l’écosystème local de l’innovation.

Comment se saisir des dispositifs de financement ?

Dépasser la complexité apparente

Face à la multiplicité des dispositifs, Guillaume GALLET DE SAINT-AURIN et Hervé LELARGE reconnaissent que la complexité administrative peut parfois freiner les entrepreneurs. Toutefois, les choses s’améliorent progressivement.

« Les banques ne sont pas tout le temps familières au projet innovant. C’est vrai que c’est une difficulté. C’est vrai que sur la partie aide publique, il peut y avoir de temps en temps des difficultés. L’aide fiscale à l’investissement, les choses sont relativement bien cadrées. Donc on sait assez vite en allant voir un conseil si on y a droit ou pas », nuance Guillaume GALLET DE SAINT-AURIN.

Le rôle facilitateur de Bpifrance

Guillaume GALLET DE SAINT-AURIN tient à saluer publiquement l’action de Bpifrance :

« Je tiens sur le plateau à saluer BPI parce qu’eux, ils font un travail qui se démarque un peu de ce qu’on peut avoir à la fois dans la rapidité, dans la simplicité, et puis c’est assez direct. Quand c’est bon, c’est bon et quand c’est pas bon, on le sait rapidement. Donc ça, c’est un vrai atout pour nos territoires d’avoir la BPI. »

Cette réactivité et cette transparence contrastent avec la lourdeur parfois reprochée aux administrations et constituent un avantage compétitif pour les entrepreneurs martiniquais.

L’importance de l’accompagnement spécialisé

Pour naviguer efficacement dans l’écosystème du financement de l’innovation, le recours à un accompagnement spécialisé s’avère souvent déterminant. Des cabinets comme SINTORIN jouent ce rôle de « vulgarisation des différents dispositifs » et d’aide à la définition de la stratégie optimale.

« On est là pour les accompagner, pour vulgariser les différents dispositifs, pour expliquer et évidemment pour pouvoir les accompagner, comme je l’ai dit tout à l’heure, définir avec eux la stratégie qu’on veut avoir et aller identifier les bons dispositifs par rapport à l’état du développement et par rapport à ce dont ils peuvent avoir besoin », explique Guillaume GALLET DE SAINT-AURIN.

Les conditions exceptionnelles de la Martinique : un atout à valoriser

Un des territoires les plus attractifs de la planète

La conclusion est sans appel pour Guillaume GALLET DE SAINT-AURIN :

« Je pense que les conditions sont exceptionnelles. La France, de manière générale, fait partie d’un des territoires les plus attractifs pour le développement de l’innovation, la recherche et le développement. Et en Outre-mer et en Martinique plus spécifiquement, nous avons des conditions bonifiées qui en font sans doute un des territoires les plus attractifs de la planète sur la thématique de l’innovation, la recherche et le développement. »

Cette affirmation, loin d’être exagérée, s’appuie sur des données objectives :

  • CIR à 50% (contre 30% en métropole)
  • CII à 60% (contre 20% en métropole)
  • Aide fiscale à l’investissement entre 30% et 35%
  • Fonds FEDER jusqu’à 60%
  • Garantie Bpifrance à 70% pour les Business Angels (contre 50% en métropole)
  • France 2030 régionalisé avec décision locale

Un potentiel sous-exploité à libérer

Le paradoxe est frappant : la Martinique dispose d’un des écosystèmes les plus généreux au monde pour l’innovation, mais seules quelques dizaines d’entreprises utilisent effectivement ces dispositifs. Ce décalage entre le potentiel et la réalité souligne l’urgence d’une sensibilisation massive des entrepreneurs martiniquais.

« Malheureusement, ce sont deux dispositifs qui sont peu utilisés, à peine par quelques dizaines d’entreprises. Merci de faire cette émission et de donner cette tribune pour pouvoir rappeler qu’on a des dispositifs très forts d’incitation à l’investissement et au fonctionnement pour tout ce qui a trait à la recherche et à l’innovation », insiste Guillaume GALLET DE SAINT-AURIN.

Faire de la Martinique un territoire d’innovation durable

Au-delà des dispositifs financiers, la construction d’un véritable territoire d’innovation durable en Martinique nécessite :

Une culture de l’innovation plus structurée et organisée dans les entreprises

Une meilleure connaissance des critères et dispositifs disponibles

Des success stories médiatisées pour inspirer les jeunes entrepreneurs

Un club de Business Angels pour combler le trou de financement de la vallée de la mort

Une collaboration renforcée entre tous les acteurs de l’écosystème (Bpifrance, CTM, incubateurs, cabinets de conseil…)

Des formations adaptées aux enjeux de l’innovation et du financement

Un appel à l’action pour les entrepreneurs martiniquais

L’émission « Terre d’Innovation » a mis en lumière un constat aussi encourageant que frustrant : la Martinique dispose d’un écosystème de financement de l’innovation exceptionnel, probablement l’un des plus généreux au monde, mais ce potentiel reste largement sous-exploité.

Avec des taux de crédit d’impôt recherche et innovation bonifiés, une aide fiscale à l’investissement conséquente, des fonds européens accessibles, et l’accompagnement de Bpifrance, les conditions sont réunies pour faire de la Martinique un véritable hub d’innovation dans la Caraïbe.

L’enjeu est désormais de structurer cette innovation au sein des entreprises, de sensibiliser massivement les entrepreneurs aux dispositifs existants, et de créer les chaînons manquants comme un club de Business Angels pour assurer la continuité du financement.

Les exemples comme clikOdoc démontrent qu’il est possible de réussir depuis la Martinique. À condition de connaître, de structurer et d’oser. Les outils sont là, l’accompagnement est disponible, reste aux entrepreneurs martiniquais à se saisir de ces opportunités exceptionnelles.

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