Connecter les Antilles-Guyane avec le reste du monde

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Connectivité en Antilles-Guyane : câbles sous-marins, 5G et satellites

Connecter les Antilles-Guyane au reste du monde, ce n’est pas simplement une histoire de débit.

C’est une question de continuité.

Entreprises, hôpitaux, écoles, services publics, tout dépend du réseau.

Et sur des territoires insulaires exposés aux aléas climatiques, aux contraintes géographiques et aux menaces numériques croissantes, construire une connectivité à la fois performante, sécurisée et résiliente relève d’un véritable défi d’ingénierie et de stratégie.

Pour en parler sur le plateau de Terre d’Innovation, nous avons reçu Samir BENZAHRA, Directeur d’Orange Antilles-Guyane, l’opérateur historique qui couvre la Martinique, la Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélemy et la Guyane.

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Du quartier à l’international : comprendre l’architecture d’un réseau

Avant d’entrer dans les détails techniques, Samir BENZAHRA pose les bases avec une image simple : « Les données passent dans des tuyaux. »

Ces tuyaux peuvent être filaires, le cuivre de l’ADSL, la fibre optique, ou radio, comme la 4G et la 5G. 

Ils constituent d’abord un réseau terrestre local, qui relie les foyers et les entreprises entre eux.

Puis, à un moment, ces données doivent franchir l’océan pour atteindre les serveurs et plateformes hébergés ailleurs dans le monde.

C’est là qu’interviennent deux technologies complémentaires : les câbles sous-marins et les satellites.

Ensemble, ils forment un réseau total ; terrestre, radio, sous-marin et spatial dont la cohérence et la robustesse conditionnent la qualité de chaque connexion sur nos territoires.

Les câbles sous-marins : l’épine dorsale invisible de nos territoires

Des infrastructures de pointe au fond de l’océan

Un câble sous-marin, c’est fondamentalement le même principe qu’un câble à fibre optique, mais conçu pour résister aux pressions, à l’humidité et aux profondeurs abyssales de l’océan.

Ces infrastructures transportent la quasi-totalité du trafic internet international : quand un habitant de Fort-de-France charge une page hébergée aux États-Unis, ses données empruntent l’un de ces câbles.

Pour les Antilles-Guyane, ces câbles ne sont pas un luxe, ils sont une nécessité absolue.

Contrairement à des pays continentaux reliés par voie terrestre à leurs voisins, nos territoires insulaires n’ont pas d’alternative : sans câbles sous-marins ou satellites, il n’y a pas de connexion internationale.

La Martinique, un hub numérique naturel

La position géographique de la Martinique au centre de l’arc antillais en fait un point de convergence stratégique.

Orange y opère aujourd’hui sept à huit câbles sous-marins, offrant de multiples routes vers le nord comme vers le sud.

Cette redondance n’est pas un hasard, c’est une stratégie délibérée pour garantir la continuité du service même en cas d’incident sur l’un des câbles.

« On a pratiquement sept ou huit câbles. On a toujours de la redondance, deux ou trois routes qui partent vers le nord, qui partent vers le sud. »Samir BENZAHRA

CELIA-CETC : le nouveau câble qui va changer la donne

Un consortium caribéen d’envergure

Parmi les projets structurants pour la connectivité régionale, CELIA-CETC est celui qui retient particulièrement l’attention.

Ce nouveau câble sous-marin rassemble plusieurs opérateurs caribéens, dont des acteurs d’Aruba, d’Antigua, de Porto Rico et de Saint-Barthélemy, dans un consortium qui relie la Caraïbe jusqu’à la Floride, aux États-Unis.

La Floride n’est pas un choix anodin : c’est là que sont hébergés une grande partie des serveurs de plateformes de streaming, de jeux vidéo et de contenus numériques massivement consommés dans nos territoires.

Réduire la distance physique entre nos réseaux et ces serveurs, c’est réduire directement le temps de réponse ressenti par chaque utilisateur.

Des performances inédites : capacité et latence

CELIA-CETC embarque les technologies de pointe les plus récentes. Sa capacité peut atteindre 22 térabits par seconde, avec une possibilité d’aller encore au-delà selon les besoins futurs.

Mais c’est surtout l’amélioration de la latence qui intéressera le grand public.

Samir BENZAHRA l’explique simplement : « La latence, c’est le ralentissement. Quand on regarde quelque chose en mode ralenti, quand le gamer passe une commande et ne voit pas que la chose est faite, c’est la lenteur de circulation des données. Et ce câble améliore nettement cette latence. »

Pour les visioconférences, le télétravail, le streaming et les jeux en ligne, l’impact sera concret et immédiat.

La mise en service est annoncée autour du 3e trimestre 2027, avec un point d’atterrissement au Lamentin en Martinique, confirmant une fois de plus le rôle de hub numérique de l’île dans la région.

Fibre, 4G, 5G : les réseaux du quotidien et leurs défis locaux

La fibre : une migration en cours

La fibre optique représente aujourd’hui le standard du très haut débit fixe. Contrairement à l’ADSL qui utilise le cuivre du réseau téléphonique historique, la fibre transporte les données sous forme de lumière, offrant des débits incomparablement plus élevés, une meilleure résistance aux intempéries et une latence réduite, trois avantages particulièrement précieux en contexte tropical.

Samir BENZAHRA cite l’exemple concret de Chalchère, en Guadeloupe, première commune de Martinique à avoir achevé sa migration complète vers la fibre, une étape symbolique qui illustre l’avancement du déploiement sur les territoires.

La 5G : plus qu’une évolution, une transformation

Disponible depuis 2025 en Martinique et en Guadeloupe, la 5G apporte trois améliorations majeures par rapport à la 4G : une capacité accrue pour gérer davantage d’utilisateurs simultanés dans les zones denses, une latence encore plus faible pour les usages temps réel, et une consommation énergétique réduite ; un argument environnemental non négligeable pour des territoires engagés dans la transition écologique.

Les freins spécifiques à nos territoires

Déployer des réseaux en milieu insulaire tropical n’est pas sans obstacles.

L’implantation des antennes et pylônes 5G nécessite des autorisations et une rationalisation du positionnement des sites radio.

Le déploiement de la fibre implique des travaux de génie civil coordonnés avec les communes et collectivités, avec des délais qui peuvent s’allonger.

Et il y a un frein souvent sous-estimé : le dernier mètre.

Une fois que l’opérateur a tiré la fibre jusqu’à l’immeuble ou à la limite de la propriété, des travaux intérieurs sont parfois nécessaires pour raccorder le logement.

Un coût qui peut représenter un obstacle réel pour certains foyers.

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Résilience : tenir quand ça compte vraiment

Un plan de résilience éprouvé

La Guadeloupe a connu un blackout électrique majeur il y a deux ans. Un réseau tiers a connu une panne critique l’année suivante.

Ces événements testent en grandeur réelle la capacité des opérateurs à maintenir la continuité du service.

Face à ces situations, Orange déclenche ce que Samir BENZAHRA appelle le « plan de résilience » : une organisation interne qui active des mécanismes de bascule automatique vers des technologies alternatives.

Si le réseau terrestre est affecté, le satellite prend le relais. Si un câble sous-marin est interrompu, les autres routes prennent en charge le trafic.

« On travaille beaucoup sur un schéma de résilience à la fois par des redondances géographiques de routes, mais aussi de technologies. On peut basculer d’une technologie radio vers une technologie fixe, vers une technologie satellitaire. »

Ce n’est pas de la théorie, c’est un système testé, documenté, et opéré par des équipes présentes sur chacun des territoires.

La Martinique, hub satellitaire de la Caraïbe

OneWeb s’installe au Lamentin

L’inauguration récente d’une station terrestre Eutelsat OneWeb près de l’aéroport du Lamentin marque une étape importante pour le positionnement stratégique de la Martinique dans l’écosystème numérique caribéen.

OneWeb opère une constellation de satellites en orbite basse, bien plus proche de la Terre que les satellites géostationnaires traditionnels, ce qui permet des latences beaucoup plus faibles.

Pour fonctionner, cette constellation a besoin de stations terrestres qui captent et redirigent le trafic.

Et ces stations terrestres doivent elles-mêmes être connectées à des réseaux à haut débit.

Pourquoi la Martinique ?

Le choix de la Martinique n’est pas le fruit du hasard. Samir BENZAHRA l’explique clairement :

« La Martinique, parce que c’est l’espace européen. Il y a un sujet de souveraineté, et la Martinique constitue un vrai hub numérique avec tous les câbles sous-marins qui y convergent. En plus, on a un cadre réglementaire plus stable dans l’espace européen qu’ailleurs. »

La station OneWeb au Lamentin est directement connectée au réseau fibre d’Orange, lui-même relié aux câbles sous-marins.

C’est toute une chaîne de connectivité qui se renforce, faisant de la Martinique un maillon stratégique entre l’Europe, les Amériques et la Caraïbe.

Cybersécurité et inclusion numérique : deux faces d’un même enjeu

Des menaces bien réelles sur nos territoires

La cybersécurité n’est plus un sujet réservé aux grandes métropoles.

Samir BENZAHRA le confirme : des entreprises de nos territoires ont déjà été victimes d’incidents d’infiltration et d’attaques numériques.

Son conseil pour les particuliers tient en une phrase :

« Quand vous avez un doute, ne le faites pas. Aujourd’hui, les menaces sont très présentes sur l’internet, sur les ordinateurs et parfois même sur les smartphones. »

Pour les entreprises, il recommande de s’appuyer sur des experts, qu’il s’agisse d’Orange CyberDefense, qui mobilise 3 000 experts à l’échelle européenne, ou d’autres acteurs spécialisés.

La cybersécurité n’est pas une option : c’est une composante à part entière d’une stratégie numérique responsable.

Les Orange Digital Centers : le numérique pour tous

Au-delà de la connectivité technique, Orange s’engage sur le terrain de l’inclusion numérique à travers ses Orange Digital Centers, des espaces qui proposent ateliers, formations et initiations au code pour des publics variés : seniors en difficulté face aux outils numériques, jeunes des zones éloignées, femmes souhaitant se réorienter vers le numérique.

En Guyane notamment, ces initiatives ciblent des populations géographiquement isolées qui bénéficient peu des formations traditionnelles.

En 2025, Samir BENZAHRA était lui-même présent pour des sessions de sensibilisation organisées avec des clubs de football, pour atteindre les plus jeunes sur les sujets du cyberharcèlement et des temps d’écran.

« On apporte du numérique, mais il faut que ce numérique soit responsable. »

Les priorités d’Orange pour 2026-2027

En clôture de l’émission, Samir BENZAHRA résume les trois axes qui guideront l’action d’Orange sur les territoires dans les prochaines années.

La résilience en priorité absolue

Nos territoires font face à des aléas climatiques de plus en plus fréquents et intenses.

Continuer à renforcer les infrastructures pour garantir la continuité du service dans toutes les situations reste la première responsabilité de l’opérateur.

L’innovation au même rythme que l’Hexagone

Que ce soit la 5G, le Wi-Fi 7 ou les nouvelles générations de Livebox, Orange s’engage à déployer les innovations sur les Antilles-Guyane en même temps que sur le territoire métropolitain.

« On a ramené plein d’innovations au même moment que l’Hexagone, au même moment que d’autres pays européens. Ça, c’est pour moi une fierté. »

L’impact sociétal comme ligne de fond

Démocratisation du très haut débit, sécurisation des usages, numérique responsable, ces engagements ne sont pas du marketing.

Ils traduisent une conviction : un opérateur ne peut pas se contenter de vendre du débit. Il doit contribuer au développement réel des territoires où il opère.

Une connectivité en pleine transformation

La connectivité des Antilles-Guyane, c’est bien plus qu’une question technique. C’est une infrastructure critique dont dépendent l’éducation, la santé, l’économie et le quotidien de centaines de milliers d’habitants.

Et dans un contexte de transformation numérique accélérée, être bien connecté n’est plus un avantage, c’est une condition de base.

Les projets en cours ; CELIA-CETC, déploiement fibre, 5G, hub satellitaire au Lamentin, dessinent une Martinique et des Antilles-Guyane mieux armées pour les années à venir.

À condition que chaque acteur ; opérateurs, collectivités, entreprises et citoyens,  joue son rôle dans cette transformation.

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