France Travail : Défis et Solutions pour l’Emploi en Martinique

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Emploi en Martinique : ce que France Travail met en place pour inverser la tendance

42 000 demandeurs d’emploi à fin 2024.

Un taux de chômage deux fois supérieur à la moyenne nationale.

Et pourtant, une institution qui se réinvente, des méthodes qui évoluent, et des résultats qui commencent à pointer.

Le marché de l’emploi en Martinique est un paradoxe permanent : des besoins de recrutement réels d’un côté, des candidats qui peinent à trouver leur place de l’autre.

Entre inadéquation des profils, freins structurels, et publics fragilisés qui cumulent les obstacles, la réponse ne peut pas être unique.

Elle doit être différenciée, coordonnée, innovante.

Depuis le 1er janvier 2025, la loi pour le plein emploi change la donne.

Bénéficiaires du RSA, jeunes suivis en mission locale, personnes en situation de handicap,  tous sont désormais inscrits à France Travail et bénéficient d’un accompagnement personnalisé.

Mais concrètement, qu’est-ce que ça change pour les Martiniquais ?

Pour répondre sans langue de bois sur le plateau de Terre d’Innovation, nous avons reçu deux acteurs au cœur de cette transformation : Charles JAULIN, Directeur Régional de France Travail Martinique, et Paul-Eddy PAULIN, Directeur Stratégie & Relations Extérieures de France Travail Martinique.

Découvrez l’épisode sur Youtube :

France Travail Martinique en chiffres : une institution qui pèse

Avant d’entrer dans le vif du sujet, Charles JAULIN pose le cadre avec des données concrètes.

France Travail Martinique, c’est plus de 400 collaborateurs, dont 150 conseillers dédiés à l’accompagnement des demandeurs d’emploi, une soixantaine sur la partie indemnisation, et une trentaine orientés vers les entreprises et le recrutement, ce que l’institution appelle « France Travail Pro ».

Les volumes sont significatifs : 15 500 allocataires accompagnés, plus de 200 millions d’euros injectés sur le territoire en 2025, 7 700 entrées en formation financées, et 9 700 offres d’emploi recueillies, en légère progression par rapport à l’année précédente.

La loi pour le plein emploi a élargi le périmètre d’action. Aux 41 000 demandeurs d’emploi en catégorie A s’ajoutent désormais plus de 15 000 personnes issues des nouveaux publics intégrés, bénéficiaires du RSA notamment, qui bénéficient pour la première fois d’un accompagnement structuré vers l’emploi.

Un écart structurel avec l’Hexagone : peut-on vraiment le réduire ?

Un signal encourageant dans un contexte difficile

Le taux de chômage martiniquais est deux fois supérieur à la moyenne nationale. Est-ce un écart durable, inévitable ?

Charles JAULIN apporte une nuance importante : en 2025, les demandeurs d’emploi en catégorie A, ceux en recherche active d’un CDI à temps plein, ont baissé de 2,7 % en Martinique, alors que l’Hexagone enregistrait sur la même période une hausse de 5,3 %.

Un signal à ne pas surestimer, mais à ne pas ignorer non plus.

Une économie insulaire avec ses propres règles

Le contexte économique local explique en grande partie la persistance de cet écart.

Le secteur privé martiniquais ne génère pas suffisamment de nouveaux postes : l’emploi salarié est stabilisé, avec une légère hausse côté public qui ne traduit pas un dynamisme économique réel.

Et plusieurs secteurs clés reculent, le commerce (- 2,6 %), l’hôtellerie-restauration (- 2,4 %), et surtout la construction (- 6,5 %), très dépendante de la commande publique.

Charles JAULIN pose le diagnostic avec franchise :

« Il faut regarder l’économie de la Martinique comme une économie insulaire par définition, qui ne peut pas développer son marché au-delà de ses frontières. Elle ne dispose pas de mégafactories. C’est essentiellement de la TPE, et c’est ce qui ne lui permet pas aujourd’hui d’avoir un vrai développement. »

Les jeunes NEET : aller les chercher là où ils sont

29 % des 15-29 ans sans emploi, sans études, sans formation

Le chômage des jeunes en Martinique atteint 29 % chez les 15-29 ans.

Parmi eux, une catégorie concentre particulièrement l’attention : les NEET, ni en emploi, ni en études, ni en formation. Ces jeunes ne décrochent pas seulement du marché du travail, ils décrochent du système tout entier.

Paul-Eddy PAULIN distingue deux réalités. D’un côté, les jeunes déjà accompagnés par France Travail, les missions locales ou l’ESMA : leur taux de retour à l’emploi atteint 42 %, contre 25 % pour le reste de la population, preuve que l’accompagnement fonctionne quand il est activé.

De l’autre, ceux qui ont abandonné toute démarche, découragés, invisibles, hors radar.

Une stratégie d’aller-vers assumée

Pour toucher ces jeunes, France Travail ne peut pas attendre qu’ils poussent la porte d’une agence.

La stratégie est donc celle de l’aller-vers : interventions dans les lycées, présence dans les quartiers, mobilisation du tissu associatif, des CCAS, des grands frères.

L’objectif est de redonner espoir en valorisant des exemples concrets de jeunes qui s’en sont sortis.

« À ces jeunes-NEET, on veut leur dire : pourquoi pas moi ? Tapez à notre porte, venez nous voir, venez à la mission locale. Il y a des choses à proposer. » Paul-Eddy PAULIN

Les seniors : 37 % des demandeurs d’emploi, un potentiel sous-exploité

À l’autre extrémité de la pyramide des âges, les seniors représentent 37 % des demandeurs d’emploi en Martinique.

Un chiffre qui dit deux choses : une réalité sociale préoccupante, mais aussi un réservoir de compétences considérable que les employeurs ignorent trop souvent.

France Travail a mis en place un accompagnement intensif senior, cofinancé par le FSE, avec des conseillers dédiés qui travaillent spécifiquement ces profils.

Les résultats parlent d’eux-mêmes : le taux de retour à l’emploi passe de 15 % en accompagnement classique à 21 % avec ce dispositif intensif.

Six points de différence qui représentent, à l’échelle du territoire, des centaines de personnes remises en emploi.

Le message que Charles JAULIN adresse aux employeurs est direct : une entreprise sur deux dit anticiper des difficultés de recrutement.

Chercher des candidats uniquement parmi les jeunes diplômés en ignorant 37 % du vivier disponible, c’est se priver délibérément de solutions.

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Les femmes : un accompagnement intensif qui donne des résultats

Les femmes sont surreprésentées parmi les demandeurs d’emploi martiniquais, et leur retour à l’emploi est statistiquement plus difficile.

Pour y répondre, France Travail a développé le dispositif DTA FEDI, Femmes Actives en Martinique, cofinancé par le FSE+.

En 2025, 509 femmes ont bénéficié de cet accompagnement renforcé.

Le profil de ces femmes est révélateur : 70 % d’entre elles étaient inscrites depuis plus d’un an, un niveau d’éloignement de l’emploi supérieur à la moyenne.

L’accompagnement travaille tous les freins à la fois : exclusion numérique, mobilité, état de santé, confiance en soi.

Les résultats après seulement trois mois de recul sont frappants.

« 24,5 % des femmes accompagnées sont déjà en retour à l’emploi, une sur quatre , alors que ce sont des taux qu’on obtient généralement au bout de six mois. »Charles JAULIN

L’accélération du retour à l’emploi s’accompagne d’une amélioration de sa qualité : le taux d’emploi durable, CDI ou contrats de plus de six mois a progressé d’un à deux points pour ces femmes.

Recruter autrement : la méthode de recrutement par simulation

Quand le CV devient un obstacle

Le CV a ses limites. Il filtre sur des critères formels ; diplômes, expériences listées, intitulés de postes, qui ne disent rien de la capacité réelle d’une personne à tenir un poste.

France Travail expérimente des méthodes alternatives qui contournent ce filtre pour révéler autre chose : les soft skills, les comportements, la capacité d’adaptation.

La Méthode de Recrutement par Simulation (MRS) est l’une d’elles. Le principe : on retire à l’employeur la possibilité de présélectionner les candidats sur dossier.

On met directement les candidats en situation de travail. On mesure leurs habiletés.

Et souvent, les employeurs découvrent des profils qu’ils n’auraient jamais convoqués en entretien classique.

Le groupe Créo, acteur majeur de la grande distribution en Martinique, a utilisé cette méthode avec des résultats convaincants.

Le « stade vers l’emploi » : recruter sans CV ni costume

Autre innovation dans le même esprit : le « stade vers l’emploi ». Demandeurs d’emploi et recruteurs se retrouvent dans un cadre sportif, sans se connaître, sans étiquettes.

Une activité collective, et les comportements naturels s’observent ; esprit d’équipe, leadership, capacité à s’adapter.

Charles JAULIN décrit les résultats comme « bluffants ».

Ces approches ne sont pas anecdotiques. Elles répondent à un constat simple : une entreprise sur deux anticipe des difficultés de recrutement.

Rester sur un segment restreint de candidats « classiques », c’est se condamner à ne pas trouver.

Le Salon Martinique pour l’Emploi : 900 recrutements, une vitrine

Initiée par France Travail et le GBA, la cinquième édition du Salon Martinique pour l’Emploi a rassemblé une dizaine de partenaires et affiché des chiffres qui méritent attention : 10 000 visiteurs entre le salon physique et la plateforme en ligne, et plus de 900 recrutements réalisés.

Paul-Eddy PAULIN résume les trois ambitions qui portent cet événement : répondre aux besoins de recrutement des entreprises de manière immédiate, montrer la Martinique comme territoire d’opportunité, contre la narrative dominante du « il n’y a pas de boulot » et démontrer que les acteurs de l’emploi, les entreprises et les opérateurs de l’État peuvent travailler ensemble de façon coordonnée.

« Les entreprises qui viennent avec nous sont engagées dans cette démarche. Et 900 recrutements en Martinique, sur un territoire étroit, c’est quand même symptomatique. » Paul-Eddy PAULIN

Les secteurs qui recrutent et pourquoi les candidats ne se positionnent pas

Des offres bien réelles, des freins bien identifiés

Le paradoxe est réel : des milliers d’offres d’emploi sans preneur, pendant que des milliers de candidats restent sans réponse.

Quels sont les secteurs qui recrutent vraiment ?

Les services à la personne et aux entreprises représentent 64 % des projets de recrutement.

La construction, le commerce, l’agriculture, les métiers de bouche complètent le tableau.

Et contrairement à une idée reçue, les postes d’encadrement ne manquent pas : France Travail affiche régulièrement plus de 200 offres de cadres sur sa plateforme.

Une question de représentation

Le frein principal n’est pas toujours la qualification. C’est souvent la représentation que les candidats ont du métier, figée dans une image dépassée.

Le pâtissier qui se lève à 2h du matin avec son pétrin artisanal, c’est une réalité d’un autre temps.

Aujourd’hui, les processus sont automatisés, les conditions de travail ont évolué, et les employeurs multiplient les CDI pour fidéliser les talents, y compris dans la restauration.

Pour changer ces représentations, France Travail mise sur l’immersion en entreprise : aller voir comment ça se passe vraiment, de l’intérieur.

Les résultats sont parlants 70 % des personnes qui partent en immersion trouvent plus facilement du travail ensuite.

Le contact avec la réalité du poste démystifie, rassure, et déclenche souvent la décision de postuler.

Chômage de longue durée : casser les codes pour débloquer les situations

Près de 47 % des inscrits à France Travail en Martinique sont en chômage de longue durée.

Pour ces personnes, les freins sont multiples et enchevêtrés,  le CV n’est plus le seul obstacle.

La mobilité, la santé, l’isolement social, l’éloignement des codes professionnels : tout cela s’accumule et bloque.

La réponse de France Travail : l’accompagnement intensif.

Non pas une offre de services identique pour tous, mais une offre différenciée , on en fait plus pour ceux qui en ont plus besoin.

Concrètement, cela se traduit par 700 portefeuilles d’accompagnement intensif, avec un référent principal pour chaque demandeur d’emploi, et une articulation systématique avec les partenaires : CTM, CGSS, CAF, pour traiter tous les problèmes en même temps.

« Ce n’est pas aux demandeurs d’emploi d’aller voir 15 institutions. C’est le sens même de la loi plein emploi : dites-le nous une fois, et c’est nous qui allons chercher la complémentarité à travers nos partenaires. » Charles JAULIN

L’ambition est de porter cet accompagnement intensif à 6 700 portefeuilles sur l’ensemble du territoire.

Intelligence artificielle et emploi : anticiper sans prendre de retard

L’IA transforme déjà les métiers et France Travail le sait.

Paul-Eddy PAULIN est clair sur la posture adoptée : ni attentisme, ni précipitation.

L’institution est en veille active et commence à tester des actions de formation à l’IA sur des métiers ciblés, les assistants de direction et la relation client en priorité, pour mesurer ce que ces outils apportent concrètement aux professionnels en poste et aux demandeurs d’emploi en reconversion.

« Celui qui avait fait sa GPT en 2021 avait tout faux en 2022. Il faut être attentif, être prudent, et sur le terrain, rester à l’écoute des attentes des entreprises. »Paul-Eddy PAULIN

Le message aux employeurs est également clair : venez parler à votre conseiller France Travail pour préciser vos besoins en compétences IA.

L’institution est capable de construire des parcours d’adaptation au poste de travail individualisés, y compris sur ces nouvelles compétences numériques.

C’est précisément sur ce terrain que des organismes comme awitec jouent un rôle complémentaire essentiel.

Nos formations, comme la formation Gagnez 2 heures au quotidien avec l’IA ou la formation Les Fondamentaux du Marketing Digital et de l’IA Générative, finançable via France Travail, permettent aux demandeurs d’emploi et aux salariés de monter concrètement en compétences sur ces outils, avec un accompagnement adapté aux réalités des territoires ultramarins.

Une ambition collective pour 2027

La loi pour le plein emploi fixe un objectif national : ramener le chômage à 5 % d’ici 2027.

Réaliste pour la Martinique ?

Charles JAULIN refuse de se prononcer sur un chiffre cible, mais il défend avec conviction la logique qui sous-tend cette ambition.

« Il n’est pas acceptable qu’on s’autorise à avoir des candidats sur le bord de la route pendant que des entreprises ont de la peine à recruter. La loi plein emploi dit : on arrête de cloisonner les publics, on élargit les modèles de recrutement, on accompagne tous ensemble. »

Ce qu’il retient surtout de ses expériences dans des régions à 4 % de chômage, c’est que l’objectif, s’il est atteint, crée de nouvelles tensions, les entreprises peinent alors à trouver des candidats.

Autrement dit, l’emploi est un équilibre dynamique qu’il faut construire collectivement, en permanence, sans relâcher l’effort.

La Martinique a ses contraintes. Elle a aussi ses forces : un tissu associatif dense, des institutions qui apprennent à travailler ensemble, et des acteurs France Travail, missions locales, CTM, CCI, organismes de formation, qui convergent progressivement vers une vision partagée.

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