Inovagro : Le cluster pour l’innovation agroalimentaire en Martinique
Inovagro : le cluster qui révolutionne l’agroalimentaire en Martinique par l’innovation collective
Et si l’innovation en Martinique ne venait pas uniquement des startups technologiques, mais aussi de ce que nous avons dans nos champs, dans nos jardins et dans nos traditions ?
Chocolat d’exception, plantes médicinales locales, savoir-faire créole revisité…
Inovagro, le cluster agroalimentaire martiniquais, a fait un pari audacieux : innover ensemble pour transformer l’agroalimentaire en Martinique, créer de la valeur locale et réduire la dépendance aux importations.
Thierry LAUZÉA, vice-président d’Inovagro et fondateur de la chocolaterie Frères Lauzéa, et Séverine ASENSIO-JOSÉPHINE, trésorière d’Inovagro et co-fondatrice de L’Herboristerie Créole, nous révèlent comment ce collectif façonne l’agroalimentaire de demain entre tradition, innovation et coopération.
Découvrez l’épisode sur Youtube :
- Inovagro : 15 ans d’innovation collective dans l’agroalimentaire
- Frères Lauzéa : le chocolat martiniquais rayonne à l’international
- L’Herboristerie Créole : valoriser les plantes médicinales martiniquaises
- La synergie Inovagro : quand les entreprises s’entraident
- Les défis de l’agroalimentaire martiniquais
- L’export : un défi logistique et mental
- Les outils digitaux au service de la recherche
- L’innovation collective, clé de la résilience agroalimentaire
Inovagro : 15 ans d’innovation collective dans l’agroalimentaire
La naissance d’un cluster pionnier
Inovagro représente l’un des tout premiers clusters d’entreprises créés en Martinique. Thierry LAUZÉA, président fondateur, retrace la genèse :
« En 2009, nous avons lancé ce cluster avec une vingtaine d’entreprises et cette volonté de travailler ensemble, grands et petits, de mutualiser un maximum et de se soutenir dans l’innovation. Donc l’innovation autant création qu’innovation. »
Cette initiative pionnière répond à un constat : en Martinique, la collaboration entre entreprises n’est pas naturelle. Les regards ethniques, les différences de taille, la méfiance constituent autant d’obstacles à surmonter.
Un pari audacieux : faire travailler ensemble
Le défi d’Inovagro est simple à énoncer mais complexe à réaliser :
« En Martinique, nous avons beaucoup de mal à travailler ensemble. On a des regards ethniques quelquefois de défiance, on a des regards de taille d’entreprise aussi de défiance ou de méfiance. Et Inovagro, c’est ça, c’est apprendre à travailler ensemble, quel que soit les tailles. »
Aujourd’hui, le cluster regroupe :
- De très grands groupes martiniquais
- Des PME établies
- De très petites entreprises (une ou deux personnes)
- Toutes les déclinaisons entre ces catégories
Cette diversité constitue la richesse du cluster, permettant des échanges, des partenariats et des synergies improbables.
Les objectifs fondamentaux
Inovagro poursuit plusieurs objectifs complémentaires :
Mutualiser : Partager les coûts, les ressources, les investissements
Partager : Accéder ensemble à des marchés, des appels d’offres, des salons
Innover : Développer de nouveaux produits, de nouveaux procédés, de nouvelles approches
Réduire les coûts : Améliorer les marges pour assurer la pérennité des entreprises
Structurer : Organiser collectivement ce qui serait trop complexe individuellement
Pour les entrepreneurs souhaitant structurer leur projet dans l’agroalimentaire ou tout autre secteur, la formation « Créer son entreprise dans une économie digitalisée » proposée par awitec offre les clés pour planifier et développer son activité dans le contexte actuel avec l’IA.
Frères Lauzéa : le chocolat martiniquais rayonne à l’international
21 ans de passion chocolatière
Thierry LAUZÉA a créé la chocolaterie Frères Lauzéa il y a 21 ans, une entreprise familiale qui compte aujourd’hui une vingtaine de collaborateurs avec une belle dynamique de développement.
« Une belle entreprise familiale avec une belle dynamique de développement autour du chocolat de Martinique. »
Mais l’ambition de Thierry LAUZÉA va au-delà de la simple fabrication de chocolat. Il s’est engagé dans une mission plus large :
« Nous avons été à l’initiative de la relance du cacao de Martinique. Donc une volonté de faire de la Martinique une belle terre autant agricole qu’une terre d’innovation. »
L’évolution du modèle : de l’assemblage à l’autosuffisance
Le parcours de Frères Lauzéa illustre parfaitement la transformation en cours dans l’agroalimentaire martiniquais :
« Frères Lauzéa, on a commencé en utilisant pas mal de produits d’importation que l’on assemblait, qu’on transformait. Aujourd’hui, de plus en plus, on arrive à trouver de la ressource locale pour pouvoir s’approvisionner localement. »
Cette évolution permet de créer des produits plus patrimoniaux, ancrés dans le terroir martiniquais.
Devenir agriculteur : un nouveau défi
Récemment, Frères Lauzéa a franchi une étape importante :
« Nous avons fait l’acquisition récemment de 3 hectares de terre. Frères Lauzéa, en plus de son métier d’artisan et de commerçant, aujourd’hui va réellement attaquer un métier d’agriculteur qu’on ne connaît pas, mais qu’on va découvrir dans toute sa difficulté. Maîtriser la terre et la nature ce n’est pas facile. »
Cette intégration verticale répond à une vision claire :
« Comment dans notre Martinique on arrive à travailler sur de l’autosuffisance alimentaire, même si ce n’est que sur des éléments partiels. On commence avec le faire sur des éléments ponctuels. On s’inscrit dans cette dynamique parce qu’on veut de plus en plus s’approprier le produit local pour la consommation locale, certes, mais aussi pour aller le faire briller à l’export. »
L’innovation au service du chocolat
L’innovation chez Frères Lauzéa prend plusieurs formes :
Innovation par les saveurs : Apport de saveurs tropicales, saveurs créoles, réappropriation du patrimoine gustatif martiniquais
Innovation produit : Création d’une liqueur cacao d’exception
Innovation process : Intégration d’ingrédients locaux de très haute qualité, comme les écorces d’orange et la groseille pays de L’Herboristerie Créole
« Comme je sais que c’est un produit qui est vraiment sain, je l’utilise de façon généreuse dans des recettes qui sont bien dosées, mais je dirais même presque hyper-dosées parce que j’ai tellement confiance dans ce produit là et on a un développement aromatique qui est tellement généreux. Quand j’utilise sur un chocolat à l’orange, c’est vraiment quelque chose qui est exceptionnel. »
Cette confiance dans la qualité des matières premières locales permet de créer des produits vraiment différenciants.
L’Herboristerie Créole : valoriser les plantes médicinales martiniquaises
Une TPE engagée dans le bio et le local
Séverine ASENSIO-JOSÉPHINE a co-fondé L’Herboristerie Créole, une TPE de quatre personnes avec une mission claire :
« La commercialisation, transformation et culture des plantes médicinales locales certifiées agriculture biologique. »
Cette entreprise incarne parfaitement la démarche d’Inovagro : allier tradition (les plantes médicinales sont utilisées depuis des générations) et innovation (nouvelles formes, nouvelles utilisations, certification bio).
De la fourche à la fourchette : une maîtrise totale
L’Herboristerie Créole contrôle toute la chaîne de valeur :
Culture : Aux Gros-Morne, en agriculture biologique certifiée
Transformation : À Saint-Joseph, selon un cahier des charges très strict
Commercialisation : Directement auprès des consommateurs et des professionnels
L’agriculture biologique : des contraintes qui garantissent la qualité
Séverine ASENSIO-JOSÉPHINE explique les exigences de l’agriculture bio :
« Nous cultivons en agriculture biologique avec toutes les contraintes que cela impose. Pas d’engrais, un sol sain, des pratiques culturales très saines également. Ces plantes sont ensuite menées à terme jusqu’à ce qu’elles aient suffisamment de feuilles pour être récoltées. »
Cette rigueur garantit la qualité et la pureté des produits finaux.
Innovation : des tisanes aux gélules
L’innovation majeure de L’Herboristerie Créole concerne la forme galénique :
« On va retrouver chez nous la production de gélules d’herbe à pic. D’habitude, ce sont des tisanes qui sont employées, très amères. Donc on a innové en enrobant ce principe actif dans des gélules pour diminuer l’amertume de cette prise de remèdes traditionnels. »
Cette innovation rend les plantes médicinales beaucoup plus accessibles, particulièrement pour les personnes qui ne supportent pas l’amertume des tisanes traditionnelles.
Une approche scientifique de la tradition
Cette innovation n’est pas le fruit du hasard, mais d’une formation solide :
« En tant qu’ingénieur chimiste, il a été évident de pouvoir pousser cette innovation dans les règles de l’art. Ces innovations se retrouvent dans toutes les entreprises d’Inovagro, mais de notre côté, nous avons lié tradition et innovation. »
Cette combinaison de savoir-faire ancestral et de compétences scientifiques modernes caractérise la nouvelle génération d’entrepreneurs de l’agroalimentaire martiniquais.
La synergie Inovagro : quand les entreprises s’entraident
L’un des aspects les plus intéressants d’Inovagro réside dans les synergies concrètes entre adhérents.
L’exemple de la collaboration Frères Lauzéa – L’Herboristerie Créole
Thierry LAUZÉA explique comment cette collaboration fonctionne :
« Inovagro prend tout son sens quand on parle d’un produit qui me sert moi, Frères Lauzéa, en tant que chocolatier sur des ingrédients. Et j’en prends pour preuve les oranges, la groseille pays, les écorces d’orange que Séverine utilise. »
Cette relation est gagnant-gagnant :
- L’Herboristerie Créole trouve un débouché pour ses produits intermédiaires
- Frères Lauzéa accède à des ingrédients locaux de très haute qualité
- Les deux entreprises renforcent leur ancrage territorial
Le principe de la fourche à la fourchette
Thierry LAUZÉA souligne l’importance de cette approche intégrée :
« C’est une part depuis l’agricole qu’elle maîtrise. Elle maîtrise sur un principe bio. Et jusqu’à la fourchette, parce que le produit qui est amené est un produit fini. Mais aussi un produit qui me sert en tant que chocolatier sur des ingrédients. »
Inovagro permet donc :
- De se retrouver et se mettre ensemble
- De pousser des produits jusqu’au bout dans l’esprit de la fourche à la fourchette
- De récupérer des matières premières intermédiaires entre adhérents
- De travailler ensemble sur la qualité et la traçabilité
La mutualisation : l’exemple de la livraison
Un projet concret illustre la puissance de la mutualisation :
« En ce moment, on fait des études de livraison mutualisée. On a quasiment les mêmes clients en Martinique. C’est vraiment voir comment on peut travailler ensemble et faire en sorte que les coûts se réduisent et que les accès au marché soient modifiés. »
Un gain de temps considérable
L’exemple donné par Thierry LAUZÉA est parlant :
« Vous mettez une voiture de livraison en Martinique, sous la route dans les embouteillages pour livrer un client, vous arrivez devant une hyper à 5 heures du matin, vous en sortez à 7 heures et demie. Si dans ce même camion vous avez tous les produits des adhérents, l’adhérent gagne 2h30 de temps sur une livraison. C’est colossal quand on regarde sur un coup. »
Cette mutualisation permet :
- De réduire les coûts logistiques
- De gagner un temps précieux
- De réduire l’empreinte carbone
- D’améliorer le service aux clients
Rester focus sur son métier
La philosophie d’Inovagro se résume ainsi :
« L’idée du cluster, c’est de permettre à ses adhérents de rester focus sur leur métier. Leur métier de base, si on prend l’exemple de L’Herboristerie Créole, c’est l’agricole, la transformation agricole. Tout ce qui peut être des métiers annexes, on va les mutualiser. »
Cette approche permet aux entrepreneurs de concentrer leur énergie et leurs ressources sur ce qu’ils font le mieux, tandis que les fonctions support sont mutualisées.
Les défis de l’agroalimentaire martiniquais
Malgré les succès, les entreprises d’Inovagro font face à des défis structurels importants.
Un marché local étroit
La taille du marché martiniquais constitue une première contrainte :
« Quand on regarde le marché de la Caraïbe, on est vraiment un tout petit marché, une petite île. Le marché est petit parce que la taille est petite. »
La comparaison avec les voisins caribéens
« Quand on regarde Saint-Domingue, Trinidad et Tobago, Porto Rico et quand on va jusqu’à la Grande Caraïbe, on a les États-Unis, la Floride, le Brésil, on a des marchés qui sont colossaux, avec lesquels on ne pourra jamais rivaliser en termes de quantité. »
Cette réalité impose une stratégie claire :
« Par contre, en termes de qualité, d’innovation, de surprise, on est quand même un des Caribéens intelligent, malin, débrouillard. Mais on est surtout des Européens, des Français, avec des pôles de recherche, des fonds européens qui nous permettent d’aller très très loin si on veut. »
La différenciation par la qualité, l’innovation et l’originalité devient donc la seule voie possible.
Le financement de l’innovation
Séverine ASENSIO-JOSÉPHINE aborde la question du financement :
Les soutiens publics
« Il y a un certain nombre d’actions que nous avons fait financer par la Direction de l’Agriculture et des Forêts, la DAF, qui nous aide dans des projets collectifs à faire émerger des projets très intéressants. »
Exemple concret : Un voyage d’étude en région PACA
« Nous avons eu l’occasion de pouvoir partir en région PACA et visiter des entreprises agroalimentaires pour avoir un retour d’expérience et voir une autre façon d’innover, une autre façon de mener des entreprises agroalimentaires. Nous étions sept entreprises et nous avons eu la chance de visiter une pléthore d’entreprises : transformation de la viande, alcool, production du chocolat, production de confiture et de fruits secs, entreprises bio. »
Ce type d’actions collectives serait impossible à financer individuellement pour de petites structures.
L’accompagnement du PARM
Thierry LAUZÉA souligne le rôle central du Pôle Agroressources de Martinique :
« Le PARM, c’est sans doute l’un de nos premiers soutiens, pas financier en échange d’argent, mais soutien de développement. Grâce au PARM, nous avons su faire aboutir de nombreux projets, autant sur la partie uniquement création de mise au point des produits, mais aussi sur la distribution, le marketing. Le PARM nous accompagne à tous les niveaux. »
Les crédits d’impôt innovation
Un outil existe mais reste sous-utilisé :
« Il y a des crédits d’innovation, mais que nous, petites entreprises, n’arrivons pas à mobiliser. Ça demande du temps, du suivi, de l’ingénierie. Nous, Frères Lauzéa, on commence à s’obliger à le faire. Mais c’est contraignant. »
La solution :
« Il y a des cabinets qui sont spécialisés, qui le font très bien pour l’accompagnement. Donc on utilise un de ces cabinets et cela nous permet d’avoir ce retour financier pour nous permettre d’aller plus loin. Mais aujourd’hui, si on veut aller plus loin, il faut s’obliger à le faire. Même si on n’est pas forcément structuré pour le faire parce que nous sommes des petites structures, des TPE. »
Pour les entreprises de 18 personnes comme Frères Lauzéa, c’est déjà complexe. Pour les structures de 4 à 6 personnes, c’est encore plus difficile.
Les normes et réglementations
Séverine ASENSIO-JOSÉPHINE aborde un sujet crucial pour L’Herboristerie Créole :
Des contrôles nécessaires
« À L’Herboristerie Créole, très souvent nous avons des contrôles, et c’est une très bonne chose parce que ça protège le consommateur dans certains nombres de dérives. »
Ces contrôles portent principalement sur la façon d’employer les plantes médicinales, car on ne peut pas prendre n’importe quoi, n’importe quelle plante.
Le paradoxe réglementaire européen
« Il y a un certain nombre de réglementations très contraignantes pour nos plantes locales, bien que nous soyons européens. Nos plantes locales ne sont pas reconnues à l’échelle européenne pour pouvoir être vendues au grand public. Donc c’est sous le giron des pharmaciens. Il y a un veto par rapport à cela, malheureusement. »
Cette situation est paradoxale : les plantes médicinales martiniquaises, utilisées depuis des générations, ne bénéficient pas de la reconnaissance européenne alors que la Martinique fait partie de l’Union Européenne.
Un combat en cours
« Mais le PARM travaille en ce sens pour que ces plantes soient reconnues et qu’elles puissent être libérées pour être vendues de façon plus commune dans les magasins à plus grande échelle, à l’échelle nationale. »
Cette reconnaissance permettrait d’ouvrir considérablement les marchés pour L’Herboristerie Créole et d’autres acteurs de la filière.
Pour les entrepreneurs confrontés à ces enjeux réglementaires et souhaitant développer leur activité malgré les contraintes, la formation « Développer l’activité commerciale par les réseaux sociaux » d’awitec permet de maîtriser les stratégies de commercialisation et de communication digitales.
L’export : un défi logistique et mental
L’exportation représente à la fois une nécessité (marché local trop étroit) et un défi majeur pour les entreprises martiniquaises.
Deux voies à maîtriser
Thierry LAUZÉA identifie deux chemins vers le succès à l’international :
La maîtrise réglementaire
« Il y a deux voies à maîtriser très fortement. La première voie, et qui est peut-être la plus facile, c’est la voie réglementaire. Maîtriser toutes les réglementations à l’international parce que chaque pays a sa réglementation, sa signature. »
Exemple concret : Les États-Unis
« Nous, on s’est attaqué au marché des États-Unis. La FDA, c’est vraiment une démarche à faire, un agrément à avoir et qui doit se renouveler et qui est bien encadré et contrôlé. »
Cette dimension réglementaire, bien que complexe, reste maîtrisable avec de la rigueur et de l’accompagnement.
Le défi mental et structurel
Le second défi est plus profond :
« Le deuxième challenge, c’est celui-ci qui est sans doute le plus compliqué parce qu’il est à la fois chez nous Martiniquais, il est intellectuel et physique. »
Le regard tourné vers Paris
Un biais culturel pèse lourd :
« Intellectuel, c’est qu’on a un regard qui est très naturellement tourné vers Paris. Pour nous, l’export c’est la France, pour l’instant c’est la capitale. Or, notre continuité territoriale n’est pas du tout assurée sur cela. On est considéré comme un territoire export vis-à-vis de Paris. Avec les contraintes, pas les avantages. C’est-à-dire qu’on n’est pas financé pour faire cet échange. »
Cette situation crée une contradiction : psychologiquement, Paris semble proche, mais administrativement et logistiquement, c’est un marché export avec toutes les contraintes que cela implique.
L’enclavement logistique
La Martinique souffre d’un enclavement majeur :
« Le deuxième point, c’est qu’aujourd’hui nous sommes un territoire qui est vraiment enclavé. »
L’exemple américain
« Aller pour nous, Frères Lauzéa, aux États-Unis, on a commencé à faire un business intéressant avec les Américains, me contraint à deux choses : soit un parcours logistique long, c’est-à-dire Fort-de-France, Paris, Miami ou Paris-Canada. Or, nous avons bien des vols réguliers entre Fort-de-France et Miami ou Montréal. Ça ne fonctionne pas aujourd’hui sur le fret aérien en tous les cas. »
Cette absence de fret régulier sur les liaisons directes est incompréhensible et coûteuse.
Le dilemme temps/coût
« Ou bien une contrainte financière, c’est-à-dire que oui, tu peux arriver sur Miami en moins de 6 heures de temps avec des expressistes, donc FedEx, DHL, mais tu dois te condamner à lâcher un demi-bras pour pouvoir y arriver dans un délai très onéreux. »
Le choix est donc :
- Délai raisonnable = coût prohibitif (expressistes)
- Coût raisonnable = délai très long (passage par Paris)
Des défis énormes mais surmontables
« Aujourd’hui nous avons des challenges qui sont vraiment très forts et les contraintes sont énormes. »
Malgré ces obstacles, Frères Lauzéa a obtenu des reconnaissances internationales et développe son chiffre d’affaires à l’export. La clé réside dans la qualité exceptionnelle des produits, leur originalité et la persévérance des entrepreneurs.
Les outils digitaux au service de la recherche
Au-delà des innovations dans l’agroalimentaire, les outils digitaux modernes peuvent considérablement faciliter la recherche d’information et le développement de projets.
La recherche approfondie avec Gemini
Les IA génératives comme Gemini ou ChatGPT proposent désormais des fonctionnalités de recherche approfondie (Deep Research).
Comment ça fonctionne ?
Contrairement à une recherche simple où le résultat arrive immédiatement, la recherche approfondie adopte une approche différente :
- Vous formulez votre demande (exemple : « Quelles sont les aides disponibles pour un porteur de projet d’agro-transformation en Martinique ? »)
- L’IA pose des questions complémentaires pour préciser le besoin
- Elle lance une recherche de 10 à 30 minutes
- Elle consulte 20 à 30 sources différentes
- Elle synthétise l’information dans un rapport complet
> Découvrez 8 étapes pour créer un prompt réussi.
Les avantages
Cette approche permet de :
- Obtenir une vision exhaustive d’un sujet
- Identifier des sources pertinentes
- Gagner un temps considérable
- Bénéficier d’une synthèse structurée
Les sources multiples
Gemini peut chercher dans :
- Le web général
- Vos emails Gmail
- Votre Google Drive
- Des fichiers que vous téléchargez
- Des chats précédents
Cette capacité à croiser différentes sources rend l’outil particulièrement puissant pour les porteurs de projets qui doivent naviguer dans un écosystème complexe d’aides, de réglementations et d’opportunités.
L’application pour les entrepreneurs agroalimentaires
Un entrepreneur qui souhaite se lancer dans l’agro-transformation en Martinique peut utiliser cette fonction pour :
- Identifier toutes les aides disponibles (DAF, CTM, PARM, Europe, BPI France…)
- Comprendre les réglementations applicables
- Découvrir les formations proposées
- Identifier les structures d’accompagnement
- Trouver des exemples de projets similaires
Cette capacité d’investigation rapide et approfondie constitue un atout majeur pour prendre des décisions éclairées.
Pour les professionnels souhaitant maîtriser ces outils d’IA et les intégrer dans leur quotidien, la formation « Gagnez 2 heures au quotidien avec l’IA » d’awitec permet de découvrir comment utiliser l’intelligence artificielle pour optimiser son efficacité et automatiser les tâches chronophages.
L‘innovation collective, clé de la résilience agroalimentaire
Inovagro démontre qu’une autre voie est possible pour l’agroalimentaire martiniquais. Plutôt que de subir la concurrence des importations et l’étroitesse du marché local, les entrepreneurs du cluster ont choisi la collaboration, la mutualisation et l’innovation.
Les points clés à retenir :
- Inovagro fédère depuis 2009 des entreprises de toutes tailles autour de l’innovation agroalimentaire
- La collaboration entre entreprises permet de réduire les coûts et d’accéder à de nouveaux marchés
- Frères Lauzéa illustre la transformation : de l’assemblage à la production locale intégrée
- L’Herboristerie Créole allie tradition (plantes médicinales) et innovation (gélules, certification bio)
- Les synergies entre adhérents créent de la valeur (exemple : ingrédients pour le chocolat)
- La mutualisation de la livraison génère des gains de temps considérables
- Le financement de l’innovation passe par les aides publiques et les crédits d’impôt
- Les normes européennes freinent la commercialisation des plantes médicinales locales
- L’export nécessite de maîtriser la réglementation et de surmonter l’enclavement logistique
- Les outils d’IA comme Gemini facilitent la recherche d’information pour les porteurs de projets
Le modèle d’Inovagro répond à une double ambition : réduire la dépendance aux importations en développant la production locale, et créer de la valeur en proposant des produits d’exception capables de rayonner à l’international.
Cette approche n’est pas seulement économique, elle est aussi culturelle et patrimoniale. En valorisant le cacao martiniquais, les plantes médicinales créoles, les savoirs-faire ancestraux, ces entrepreneurs participent à la préservation et à la transmission d’un héritage collectif.
Mais surtout, ils prouvent que la taille n’est pas un handicap insurmontable. Certes, la Martinique ne pourra jamais rivaliser en volume avec Saint-Domingue, Porto Rico ou la Floride. Mais par la qualité, l’originalité, l’innovation, elle peut créer des produits uniques qui trouvent leur place sur les marchés les plus exigeants.
Le rôle du PARM est central dans cette dynamique. En offrant un accompagnement technique, un soutien au développement, une animation du cluster, le Pôle Agroressources permet aux entreprises de bénéficier d’une expertise qu’elles ne pourraient s’offrir individuellement.
Pour accompagner cette transformation et développer les compétences nécessaires à la réussite dans l’agroalimentaire, Awitec propose un catalogue complet de formations adaptées aux besoins des entrepreneurs, agriculteurs et transformateurs des territoires ultramarins. Du marketing digital à l’utilisation de l’intelligence artificielle, en passant par la gestion de projet et le développement commercial, ces formations permettent aux acteurs locaux de développer leur expertise et de réussir leur croissance.
Comme le rappellent Thierry LAUZÉA et Séverine ASENSIO-JOSÉPHINE, l’innovation dans l’agroalimentaire ne se limite pas à la technologie. C’est aussi repenser les modèles économiques, créer des synergies, valoriser le patrimoine, former les équipes, conquérir de nouveaux marchés.
L’avenir de l’agroalimentaire martiniquais se construit aujourd’hui, porté par des entrepreneurs passionnés, des produits d’exception, un cluster dynamique et une volonté collective de faire de la Martinique une véritable terre d’innovation agricole et alimentaire.
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