Quelles innovations en cours et à venir pour le Grand Port de Martinique

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Grand Port Maritime de la Martinique : smart grid, solaire flottant et autonomie énergétique à l’horizon 2035

En Martinique, il existe un outil de notre quotidien que l’on connaît finalement assez peu : le Grand Port Maritime de la Martinique.

Un lieu stratégique par lequel transite la quasi-totalité des marchandises, des passagers, des navires, des flux logistiques indispensables à l’île.

Aujourd’hui, ce port est en pleine transformation : modernisation des infrastructures, innovation technologique, transition énergétique avec des projets structurants comme Hub Anti ou encore le réseau électrique intelligent capable de produire et de piloter sa propre énergie.

Bruno MENCÉ, président du directoire du Grand Port Maritime de la Martinique, et Kelli MAMADOU, chef du service Développement durable et Innovation, nous révèlent les innovations en cours et à venir pour ce port qui ambitionne l’autonomie énergétique d’ici dix ans.

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Le Grand Port Maritime : la porte d’entrée vitale de la Martinique

Un outil stratégique méconnu du grand public

Le Grand Port Maritime de la Martinique joue un rôle absolument central dans l’économie et la vie quotidienne de l’île, même si peu de Martiniquais mesurent réellement son importance.

Cet outil industriel et logistique constitue la principale porte d’entrée des marchandises sur le territoire, avec un chiffre qui donne le vertige.

« C’est la porte d’entrée de la Martinique. 97% des biens de consommation importés passent par le port. C’est un outil stratégique important pour le territoire. »

Cette dépendance quasi-totale aux flux maritimes fait du Grand Port un outil absolument stratégique pour le territoire.

Sans son bon fonctionnement, l’économie martiniquaise se trouverait rapidement paralysée.

Les rayons des supermarchés se videraient en quelques jours, les entreprises manqueraient de matières premières, les chantiers s’arrêteraient faute de matériaux, les stations-service se retrouveraient à sec.

Cette situation n’est pas propre à la Martinique mais caractérise tous les territoires insulaires : l’insularité crée une dépendance structurelle aux liaisons maritimes.

Mais elle rend aussi le port absolument indispensable et impose une obligation de performance et de continuité de service qui ne souffre aucune défaillance.

Bruno MENCÉ : un parcours industriel au service du port

Bruno MENCÉ, qui dirige le Grand Port Maritime depuis 2024, apporte à cette fonction un parcours atypique et riche.

Ingénieur de formation, il a passé 25 ans dans l’industrie avant de rejoindre le monde portuaire.

Cette expérience industrielle lui donne une compréhension fine des enjeux opérationnels, de la gestion de flux, de l’importance de la fiabilité des équipements.

Son parcours au sein des infrastructures martiniquaises témoigne d’une connaissance approfondie du territoire.

Il a d’abord intégré le Grand Port Maritime en tant que directeur d’exploitation pendant cinq ans, fonction qui lui a permis de comprendre de l’intérieur les mécanismes complexes de fonctionnement d’un port moderne.

Il est ensuite passé à l’aéroport Aimé Césaire en tant que directeur des opérations, notamment pour terminer le grand chantier d’extension qui a transformé cette infrastructure.

En 2024, le ministère l’a rappelé au port pour prendre la direction de l’établissement précisément parce que celui-ci traverse une phase de développement et de transformation majeure.

Ce choix témoigne de la confiance placée dans sa capacité à piloter des projets complexes et à conduire le changement dans de grandes organisations.

Une disponibilité totale : 365 jours par an

L’une des spécificités du Grand Port Maritime tient à sa disponibilité exceptionnelle.

Le port fonctionne en continu, une exigence absolue compte tenu du rôle vital qu’il joue pour l’île.

« Le port est à la disposition des compagnies maritimes et des clients du territoire tous les jours de l’année, 365 jours par an, sauf le 1er mai. Il est ouvert tous les jours de jour et de nuit si nécessaire. Nous traitons des bateaux la nuit. »

Cette disponibilité ne se limite pas aux heures ouvrables classiques. Le port fonctionne également de nuit si nécessaire, traitant des bateaux en nocturne pour garantir la fluidité des flux.

Cette capacité à opérer en continu répond à une contrainte économique fondamentale de l’insularité : l’impossibilité de stocker massivement.

L’économie martiniquaise fonctionne avec une petite valeur ajoutée et très peu de possibilités de stockage.

Stocker coûte extrêmement cher dans un territoire où le foncier est rare et où les infrastructures de stockage sont limitées.

Il faut donc que les flux soient les plus rapides possible : les marchandises doivent arriver, être déchargées, dédouanées et acheminées vers les clients dans des délais très courts.

Cette culture de la fluidité a porté ses fruits. Le Grand Port Maritime de la Martinique a été reconnu comme le premier port français en matière de productivité, devançant largement de nombreux ports métropolitains pourtant beaucoup plus grands.

Bruno MENCÉ explique ce succès :

« Nous avons été reconnu comme étant le premier port français en matière de productivité, bien avant beaucoup de ports en métropole, parce que chez nous un bateau n’attend pas, un bateau est traité tout de suite, il a une place à quai, il est traité et les marchandises sont orientées vers les clients. »

Cette efficacité opérationnelle constitue un avantage compétitif majeur pour la Martinique et justifie les investissements massifs consentis pour moderniser l’outil portuaire.

Le service Développement durable et Innovation : anticiper les transitions

Une création post-Covid révélatrice

La création en 2021 du service Développement durable et Innovation, confié à Kelli MAMADOU, n’est pas anodine dans son timing.

Ce service a vu le jour juste après la crise du Covid-19, période qui a révélé de manière brutale la vulnérabilité de nombreuses infrastructures et entreprises face aux changements brutaux.

Kelli MAMADOU explique la genèse de ce service :

« C’est un service assez récent au Grand Port maritime de la Martinique. Il a été créé en 2021, juste après le Covid qui a été une période extrêmement bouleversante pour toutes les entreprises, les infrastructures. On s’est rendu compte à quel point on était vulnérables face aux changements et en particulier aux grandes transitions qui nous attendent. »

La pandémie a constitué un électrochoc pour beaucoup d’organisations, démontrant à quel point des systèmes apparemment solides pouvaient être fragilisés par des événements imprévus.

Pour un port, dont le fonctionnement dépend de chaînes d’approvisionnement internationales, de la circulation des personnes, de la continuité des échanges commerciaux, la crise a été particulièrement révélatrice.

Cette prise de conscience a conduit la direction du Grand Port à créer un service spécifiquement dédié à préparer l’établissement aux grandes transitions qui s’annoncent : transition énergétique bien sûr, mais aussi transition climatique avec l’adaptation aux risques cycloniques croissants, à la montée du niveau de la mer, aux événements climatiques extrêmes.

Une vocation claire : autonomie et résilience

La vocation de ce service est clairement définie par Kelli MAMADOU :

« La vocation de ce service, c’est de préparer le Grand Port de la Martinique à être le plus autonome et le plus résilient possible. »

Ces deux objectifs, autonomie et résilience, sont intimement liés mais ne se confondent pas. L’autonomie vise à réduire les dépendances extérieures, particulièrement en matière énergétique.

Un port autonome en énergie n’est plus à la merci des ruptures d’approvisionnement en carburants fossiles, des pannes du réseau électrique, des fluctuations des prix de l’énergie. Cette autonomie constitue un gage de sécurité opérationnelle et économique.

La résilience désigne la capacité à continuer à fonctionner même dans des situations dégradées ou de crise.

Un port résilient peut maintenir ses opérations essentielles même après un cyclone majeur, même en cas de panne du réseau électrique général, même face à des événements imprévus.

Cette résilience repose sur la redondance des systèmes, la robustesse des infrastructures, la capacité d’adaptation des équipes.

Bruno MENCÉ insiste sur la criticité absolue du bon fonctionnement portuaire :

« Nous avons une économie qui a une petite valeur, il y a très peu de possibilités de stocker. Quand on stocke, ça coûte très cher. Donc il faut que les flux soient les plus rapides possible. Il faut donc que le port soit ouvert et performant. »

Le port comme « ville dans la ville »

Pour comprendre l’ampleur des défis auxquels fait face le service Développement durable et Innovation, il faut saisir la complexité d’un port moderne. Kelli MAMADOU utilise une formule éclairante :

« Il faut se dire que le port de la Martinique, c’est une ville dans la ville. Donc on va retrouver l’ensemble des infrastructures dont on a besoin pour faire fonctionner une ville. »

Cette métaphore n’est pas qu’une image. Comme une ville, le port dispose de l’ensemble des infrastructures nécessaires à son fonctionnement : réseaux d’électricité pour alimenter les terminaux, les portiques, les bâtiments, l’éclairage ; réseaux d’eau pour les besoins industriels et pour avitailler les navires ; réseaux d’assainissement pour traiter les eaux usées ; systèmes de collecte et de traitement des déchets provenant des navires et des occupants des terminaux.

La consommation énergétique du port est colossale. Kelli MAMADOU précise :

« On doit être parmi les trois plus gros consommateurs en énergie de l’île. Donc ça mobilise un certain nombre de linéaires de réseaux électriques. »

Cette dimension de « ville dans la ville » fait du Grand Port un terrain d’expérimentation idéal pour des solutions innovantes de gestion énergétique, de traitement des déchets, d’économie circulaire. Kelli MAMADOU souligne cette dimension d’exemplarité :

« Faire la transition au Grand Port, c’est représentatif de ce qui doit plus tard aussi être fait à l’échelle des territoires, des intercommunalités. »

Le smart grid portuaire : vers l’autonomie énergétique

Un réseau électrique intelligent

Le projet phare du Grand Port Maritime en matière de transition énergétique porte un nom technique : le smart grid portuaire.

Ce terme anglais, qui signifie littéralement « réseau électrique intelligent », désigne un système complexe qui révolutionne la gestion de l’énergie au port.

Kelli MAMADOU explique le concept :

« L’objectif, c’est de préparer le terminal à une résilience, à la fois à une autonomie énergétique et à sa résilience dans des situations de crise climatique sévère. Un smart grid, c’est un réseau électrique intelligent, intelligent dans ce sens où il utilise des énergies renouvelables, en particulier le solaire, pour pouvoir redistribuer cette énergie à ses consommateurs. »

Le concept de réseau intelligent repose sur plusieurs principes fondamentaux. D’abord, l’utilisation massive d’énergies renouvelables, en particulier le solaire qui bénéficie de l’ensoleillement exceptionnel de la Martinique.

Ensuite, la capacité à gérer une énergie variable : le solaire ne produit que le jour, et sa production varie selon la nébulosité.

La difficulté technique est bien identifiée par Kelli MAMADOU :

« La difficulté de ces réseaux, c’est de pouvoir capter une énergie qui est variable, la gérer et optimiser l’énergie au moyen de systèmes de stockage d’électricité pour la rendre disponible pour nos usages, avec des objectifs de performance, d’efficience énergétique, mais aussi économique. »

1,3 MW de panneaux solaires en ombrières

Le smart grid n’est pas un concept théorique : les installations sont déjà visibles et opérationnelles. Kelli MAMADOU décrit la réalisation concrète :

« Aujourd’hui, les installations sont visibles, sont mises en place. On a 1,3 MW de panneaux solaires qui sont installés en ombrière de parking. »

Cette solution ingénieuse répond à une double fonction : produire de l’énergie tout en offrant de l’ombre aux véhicules stationnés, améliorant ainsi le confort des usagers. Pour donner un ordre de grandeur parlant, Kelli MAMADOU compare cette puissance à la consommation d’une commune :

« Ça permet de couvrir la consommation d’une petite ville. Un MW de crête, on serait sur une ville comme Ducos par exemple. »

Cette première étape valide la pertinence technique et économique de l’approche.

Les panneaux résistent aux conditions tropicales (chaleur, humidité, embruns salins), leur production correspond aux prévisions, les systèmes de stockage fonctionnent correctement, l’intégration au réseau existant ne pose pas de problème majeur.

Kelli MAMADOU précise la couverture actuelle :

« Aujourd’hui, le Smart Grid, c’est une première étape qui nous permet de couvrir 46% des besoins du terminal. Donc un grand pas est déjà franchi. »

Un objectif ambitieux : 100% d’autonomie en 10 ans

L’ambition du Grand Port ne s’arrête pas à 46% de couverture. L’objectif clairement affiché est d’atteindre 100% d’autonomie énergétique d’ici dix ans. Bruno MENCÉ affirme sans ambiguïté cette vision :

« Peut-on imaginer un jour qu’on ait un port autonome ? Oui, dans dix ans. C’est ce qu’on vise. C’est notre horizon. »

Kelli MAMADOU complète en précisant la stratégie pour atteindre cet objectif :

« Notre objectif, c’est d’aller vers le 100% avec des projets encore plus innovants. »

Pour passer de 46% à 100%, il faudra combiner plusieurs approches. D’abord, augmenter encore la capacité de production solaire, notamment grâce au projet de solaire flottant en mer dont nous parlerons plus loin.

Ensuite, améliorer l’efficience énergétique des équipements du port : portiques plus sobres, éclairage LED optimisé, isolation thermique des bâtiments, systèmes de gestion intelligente.

Enfin, développer des capacités de stockage accrues pour pouvoir utiliser l’énergie solaire produite le jour pendant les opérations nocturnes, qui sont fréquentes au port.

Les technologies de stockage par batteries progressent rapidement, tant en termes de capacité que de coût, rendant cette approche de plus en plus viable économiquement.

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Les enjeux stratégiques de la transition énergétique portuaire

Des engagements internationaux contraignants

La transition énergétique du Grand Port ne relève pas d’un simple choix de gestion ou d’une sensibilité écologique de la direction. Elle s’inscrit dans un cadre d’engagements internationaux contraignants qui s’imposent à tous les ports du monde.

Bruno MENCÉ rappelle ce cadre réglementaire impératif :

« L’OMI a fixé des exigences à horizon 2050 concernant nos émissions de gaz à effet de serre qu’il faut qu’on diminue de façon drastique pour ne pas dire arriver à zéro à horizon 2050. Tout le secteur maritime a pour objectif de se décarboner. Donc ça concerne les navires qui font leurs propres investissements. Ça concerne aussi les ports. »

L’Organisation Maritime Internationale (OMI) a fixé des exigences précises qui se déclinent ensuite au niveau européen, puis national. Bruno MENCÉ souligne la clarté des obligations :

« Nous n’avons pas le choix, nous sommes engagés et nous avons une obligation de résultat de ce point de vue-là. Cette stratégie internationale est déclinée au niveau européen, au niveau national et donc ça nous revient à travers nos tutelles que sont le ministère des transports et le ministère des finances. »

Un double impératif : international et territorial

Au-delà des obligations internationales, le Grand Port répond également à des exigences territoriales spécifiques.

Bruno MENCÉ détaille ce double niveau d’engagement :

« Le deuxième aspect concerne plutôt le territoire. Le territoire a des objectifs qui lui sont propres en matière de performance énergétique et nous devons, puisque nous sommes un maillon essentiel, contribuer et montrer l’exemple à une amélioration de la politique énergétique du territoire. »

Cette dimension d’exemplarité est fondamentale.

Le Grand Port, en tant qu’acteur économique majeur et gros consommateur d’énergie, a une responsabilité particulière dans la transition énergétique martiniquaise.

Ses choix technologiques, ses investissements, ses réussites ou ses échecs auront un impact sur l’ensemble du territoire.

Bruno MENCÉ assume pleinement cette responsabilité et souligne l’engagement financier qui l’accompagne :

« Ce sont les deux raisons essentielles qui justifient qu’on s’engage pleinement et qu’on mette beaucoup d’argent en fond propre là-dessus. »

La performance économique comme condition de la transition

Un point crucial soulevé par Bruno MENCÉ concerne l’équilibre entre impératif environnemental et performance économique.

La transition ne peut réussir que si elle est viable financièrement.

« Il faut le concilier avec la performance économique. Pourquoi ? Parce que l’avenir du port doit passer par ces missions que nous avons de décarboner, d’améliorer le quotidien des gens. Mais il nous faut capitaliser sur nos métiers de base et se servir de toute la valeur ajoutée générée pour s’orienter vers des projets comme ceux-là. »

Les projets de transition énergétique ne sont pas que des dépenses vertueuses, ils génèrent aussi des économies substantielles. Bruno MENCÉ chiffre l’impact :

« Ce qui est intéressant à souligner, c’est que ce sont des projets qui nous permettent également de faire des économies, donc de diminuer nos charges et donc de générer de la valeur. Quand on dit qu’on va économiser 50% de nos consommations d’énergie fossile actuelle, nous sommes de très gros consommateurs. C’est plus d’un million d’euros par an d’achat d’électricité chez nous. Donc vous voyez l’impact est très fort, 500 000 euros par an. »

Ces économies permettent d’amortir progressivement les investissements initiaux et de dégager des marges pour financer de nouveaux projets. Le cercle devient vertueux : les investissements dans la transition réduisent les charges, ce qui libère des ressources pour accélérer encore la transition.

Soleil Bleu : le solaire flottant en mer, une première caribéenne

Un enjeu crucial : la contrainte foncière

L’un des défis majeurs des territoires insulaires pour développer les énergies renouvelables concerne la disponibilité foncière.

Les terres agricoles doivent être préservées, les espaces naturels protégés, les zones urbaines sont denses.

Où installer alors les milliers de mètres carrés de panneaux solaires nécessaires pour atteindre l’autonomie énergétique ?

Kelli MAMADOU pose clairement le problème :

« Vous le savez, la problématique du foncier et de la contrainte foncière est très importante. On a besoin d’arriver à une autonomie énergétique. Donc on s’est tourné et on s’est dit le prochain espace à observer c’est probablement nos côtes et les endroits sur lesquels il y a une possibilité. »

Cette réflexion a conduit le Grand Port à explorer une solution innovante : le solaire flottant en mer. Cette technologie, encore peu répandue, consiste à installer des panneaux solaires sur des plateformes flottantes ancrées en mer.

Solar in Blue : un partenaire français pionnier

Le Grand Port a identifié un partenaire technologique pour ce projet ambitieux.

Kelli MAMADOU présente cette jeune entreprise :

« On a trouvé une jeune entreprise innovante française, donc on est très contents qu’elle soit du cru, qui s’appelle Solar in Blue, qui est pionnière dans ce domaine-là sur du solaire flottant en mer. »

La distinction est importante : du solaire flottant en lac existe déjà et est relativement maîtrisé. Mais le solaire flottant en mer pose des défis technologiques bien supérieurs.

Kelli MAMADOU explique :

« La particularité du solaire flottant en mer va être d’aller chercher les défis technologiques qui nous permettent de répondre aux contraintes de houle et aux contraintes cycloniques particulières qu’on a ici. »

Les contraintes maritimes sont redoutables : la houle permanente qui soumet les structures à des mouvements constants, les vagues parfois très élevées lors des tempêtes, les vents violents, la salinité qui corrode les matériaux, et surtout les cyclones qui peuvent générer des vents de plus de 200 km/h et des vagues de plusieurs mètres.

Des prototypes prometteurs

L’entreprise Solar in Blue n’en est pas à ses débuts.

Kelli MAMADOU rassure sur la maturité technologique :

« Aujourd’hui, c’est une société qui a déjà mis en place deux prototypes et qui a une version industrielle en cours de réalisation. »

Un premier prototype a été installé au port de Sète et a permis de valider des aspects cruciaux de la technologie.

Kelli MAMADOU souligne la performance en conditions réelles :

« Elle a été en capacité de tenir sur des houles allant jusqu’à 14 mètres en conditions réelles. Donc ça pour nous c’est quelque chose de très important et qui nous permet d’avoir un partenaire dont la compétence technologique est présente. »

Tenir sur des houles de 14 mètres constitue une prouesse technologique majeure qui valide la robustesse du concept. Cependant, des défis subsistent, particulièrement pour le contexte martiniquais.

Kelli MAMADOU précise :

« Il y aura d’autres défis, en particulier la houle cyclonique. On a des études qui sont en cours, en partenariat avec eux, pour qualifier le type de vent qu’on peut avoir ici et puis les conditions auxquelles seraient soumis les ouvrages en condition ici, en Martinique. »

Une puissance de 1 à 4 MW pour couvrir les besoins et au-delà

L’objectif du projet Soleil Bleu est ambitieux.

Kelli MAMADOU détaille la vision :

« L’objectif, c’est d’arriver à installer entre 1 et 4 MW de panneaux solaires sur des plateformes qui permettent d’avoir une mobilité entre elles et d’épouser le fonctionnement de la houle qu’on a ici. »

La puissance visée n’est pas anodine.

Kelli MAMADOU explicite l’impact de chaque niveau de déploiement :

« À 2 MW crête, donc la moitié, on couvre la totalité des besoins du terminal. Si on dépasse et qu’on veut monter, là on se met vraiment au service du territoire, on serait capable de monter jusqu’à 4 MW de crête et là, on réinjecte sur le réseau pour verdir le réseau martiniquais dans son ensemble. »

Cette approche illustre parfaitement l’ambition du Grand Port : d’abord atteindre sa propre autonomie, puis contribuer à la transition énergétique de l’ensemble du territoire.

Un port qui non seulement ne consomme plus d’énergie fossile mais qui en plus produit de l’électricité renouvelable pour le réseau général devient un acteur positif de la transition.

Hub Anti : moderniser pour accueillir les navires de demain

La décarbonation maritime et l’augmentation de la taille des navires

Le projet Hub Anti constitue le second pilier majeur de la transformation du Grand Port Maritime.

Ce projet colossal, initié en 2022, résulte d’une évolution structurelle du transport maritime mondial liée à la décarbonation.

Bruno MENCÉ explique le lien entre décarbonation et taille des navires :

« Cette décarbonation entraîne de facto, pour des raisons très compliquées, une augmentation de la taille des bateaux. Aujourd’hui, nous traitons des bateaux sur le port qui font à peu près 3000 EVP. Demain avec Hub Anti, avec la décarbonation, les bateaux que nous verrons passer devant chez nous vont faire jusqu’à 8000 EVP. »

Pour comprendre l’enjeu, il faut savoir qu’un EVP (Équivalent Vingt Pieds) correspond à un conteneur standard de 20 pieds (environ 6 mètres). Passer de navires de 3000 EVP à des navires de 8000 EVP représente donc plus qu’un doublement de la capacité.

Cette évolution pose un choix stratégique simple mais crucial pour la Martinique, formulé de manière directe par Bruno MENCÉ :

« Il y a deux solutions, soit vous les regardez passer au large, soit… »

Soit la Martinique se donne les moyens d’accueillir ces navires nouvelle génération et reste connectée aux grandes routes maritimes, soit elle devient une escale secondaire délaissée par les grands armateurs, avec toutes les conséquences économiques que cela implique.

Des investissements massifs : 131 millions d’euros

Le choix a été fait d’adapter le port pour rester dans la course. Mais cela nécessite des investissements considérables.

Bruno MENCÉ détaille les travaux nécessaires :

« Concrètement, ça passe par l’allongement des quais. Aujourd’hui, notre quai fait 450 mètres de long, il va faire 600 mètres bientôt. Ça passe par un tirant d’eau de 14,50 mètres pour pouvoir accueillir ces gros bateaux. »

L’allongement du quai de 450 à 600 mètres représente 150 mètres supplémentaires, soit une augmentation de 33%.

Le tirant d’eau, c’est la profondeur d’eau nécessaire pour qu’un navire puisse accoster sans toucher le fond.

Les gros navires avec leur cargaison s’enfoncent davantage dans l’eau et nécessitent donc des profondeurs accrues.

Mais l’investissement le plus spectaculaire concerne les équipements de manutention.

Bruno MENCÉ précise :

« Ça passe par un investissement de l’ordre de 36 millions d’euros pour l’acquisition de nouveaux portiques plus performants et adaptés à la nouvelle taille de ces bateaux qui sont plus hauts, plus larges. »

Au total, c’est un investissement pharaonique qui est engagé :

« Tous les investissements que nous avons faits, c’est à peu près 120 millions d’euros. En Smart Grid, c’est 130 millions, 131 avec le Smart Grid. J’inclus le Smart Grid dans tout le projet. Donc c’est un investissement colossal. »

Ces 131 millions d’euros représentent plusieurs années de chiffre d’affaires du port et témoignent de l’ampleur de la transformation engagée.

Une collaboration indispensable avec la Guadeloupe

Le projet Hub Anti ne se limite pas à la Martinique. Il s’inscrit dans une logique de coopération interrégionale essentielle.

Bruno MENCÉ explique cette nécessité :

« Absolument, c’est indispensable. Pourquoi ? Parce que ça n’aurait pas de sens de capter des flux ici et d’être en incapacité de le faire en Guadeloupe. Nous avons les mêmes clients, ce sont les mêmes bateaux, donc il faut aussi que la Guadeloupe se mette à niveau pour pouvoir accueillir dans les mêmes conditions les mêmes bateaux.»

Cette coordination Martinique-Guadeloupe garantit que les compagnies maritimes peuvent desservir les deux îles avec les mêmes navires, dans les mêmes conditions. Une modernisation asymétrique créerait des distorsions de concurrence et fragiliserait l’ensemble du système logistique antillais.

Une stratégie globale structurée et financée

Une feuille de route claire pour 2025-2030

La transformation du Grand Port ne se fait pas de manière improvisée.

Elle s’appuie sur une stratégie formalisée, budgétée et validée par les instances de gouvernance.

Bruno MENCÉ décrit cette structuration :

« Nous avons fait évoluer en 2025 notre projet stratégique. Le projet stratégique est orienté suivant plusieurs axes, dont l’un des axes majeurs c’est le verdissement du port et la transformation énergétique. Sur les cinq années qui viennent, ce sujet va nous occuper pleinement et nous avons budgeté à peu près 15 millions d’euros d’investissement pour soutenir ces transformations énergétiques. »

Cette feuille de route quinquennale apporte la visibilité nécessaire pour planifier les opérations, mobiliser les financements, coordonner les partenaires. Elle permet aussi de mesurer les progrès année après année et d’ajuster si nécessaire.

L’engagement est formalisé au plus haut niveau :

« Donc c’est vraiment clair, il y a une feuille de route claire et nette validée par notre conseil de surveillance, validée par nos tutelles et que nous allons suivre chaque année pour nous assurer que nous arrivons à terme. »

L’exemplarité comme responsabilité

Au-delà de sa propre transformation, le Grand Port assume une responsabilité d’exemplarité vis-à-vis du territoire.

Bruno MENCÉ insiste sur cette dimension :

« La dernière petite chose que je voulais rajouter, c’est que chaque fois que nous nous orientons comme ça, nous voulons également servir d’exemples au territoire. C’est-à-dire que le schéma du smart grid ou du solaire flottant, ce sont des schémas reproductibles. »

Cette reproductibilité est fondamentale. Si le smart grid fonctionne au port, il peut être déployé dans des zones industrielles, des intercommunalités, des quartiers entiers.

Bruno MENCÉ encourage explicitement cette réplication :

« Le smart grid, vous l’installez dans une zone industrielle où il y a des bâtiments, ça fonctionne parfaitement. Donc l’idée, c’est aussi de servir d’exemple, d’inciter les autres, que ce soit les collectivités, les EPCI ou les privés, à faire comme nous, à participer, à améliorer le mix énergétique de la Martinique. »

Le Grand Port devient ainsi un démonstrateur grandeur nature de solutions de transition énergétique adaptées au contexte tropical et insulaire. Cette fonction de laboratoire et de vitrine technologique dépasse largement le seul intérêt de l’établissement.

La féminisation des métiers portuaires

Une présence féminine encore limitée mais réelle

La question de la féminisation des métiers techniques et industriels se pose avec acuité dans un secteur portuaire historiquement très masculin.

La présence de Kelli MAMADOU à un poste stratégique de direction témoigne d’une évolution en cours.

Kelli MAMADOU nuance cependant l’ampleur du changement :

« Il y a des femmes au Grand Port de la Martinique, il y a même des femmes qui sont portiqueurs. Maintenant, les métiers tels que ceux qu’on pratique liés à la transition énergétique sont des métiers qui sont de tout temps des métiers sur lesquels on a une féminisation qui peut être relativement importante. »

Cette réponse souligne que la féminisation varie fortement selon les métiers.

Les fonctions liées à la transition énergétique, au développement durable, à l’innovation attirent davantage de femmes que les métiers purement opérationnels de manutention ou de maintenance industrielle lourde.

Kelli MAMADOU replace le Grand Port dans un contexte plus large :

« Je dirais que le Grand Port de la Martinique est un peu à l’image de ce qui se fait dans les entreprises de façon générale et que la féminisation est de plus en plus présente. »

Cette évolution progressive témoigne d’un changement des mentalités et des pratiques de recrutement. Mais le chemin reste long pour atteindre une véritable parité dans tous les métiers portuaires.

Pour les femmes souhaitant développer leurs compétences techniques et accéder à des postes de responsabilité dans des secteurs traditionnellement masculins, la formation « Manager augmenté : Les fondamentaux du management & l’IA au service du leadership » d’awitec permet de renforcer son leadership et sa légitimité.

L’intelligence artificielle au service de l’industrie

Une opportunité à saisir avec discernement

La question de l’intelligence artificielle se pose désormais pour toutes les entreprises, y compris les industries lourdes comme SARA. Olivier COTTA adopte une posture équilibrée : considérer l’IA comme une opportunité plutôt qu’une menace, tout en restant lucide sur les risques et les défis.

Le principe de base est clair : toute nouveauté est potentiellement une opportunité qu’il faut explorer. Mais cette exploration doit se faire avec méthode, prudence et intelligence. L’Hexagone, les États-Unis, l’Asie ont une longueur d’avance considérable sur l’IA. SARA doit rattraper ce retard, mais sans précipitation, en adaptant les technologies aux contraintes spécifiques de l’entreprise.

Les enjeux de cybersécurité

Un point de vigilance majeur concerne la cybersécurité. Une raffinerie est une installation classée Seveso, c’est-à-dire présentant des risques industriels majeurs. La sécurité de ses systèmes informatiques est donc critique. Une cyberattaque réussie pourrait avoir des conséquences catastrophiques : arrêt de la production, pollution, explosion, mise en danger des personnels et des populations.

L’intégration de l’IA dans les systèmes de pilotage de la raffinerie doit donc se faire avec des garde-fous extrêmement stricts. Il ne faut pas tout verrouiller par peur, mais il ne faut pas non plus ouvrir inconsidérément des portes à des technologies dont on ne maîtrise pas tous les aspects sécuritaires.

Le rôle du Directeur Général, selon Olivier COTTA, est de mettre en place une gouvernance claire qui permette de définir de quelle manière SARA va intégrer l’IA de façon vertueuse. Cette gouvernance doit identifier les cas d’usage pertinents, évaluer les risques, définir les règles d’utilisation, former les équipes, mesurer les résultats.

Les applications concrètes de l’IA chez SARA

Michel YP-TCHA décrit l’approche pragmatique adoptée par SARA : expérimenter à petite échelle pour comprendre, pour appliquer et pour en tirer des leçons. Cette méthodologie du « test and learn » permet de découvrir progressivement le potentiel de l’IA sans prendre de risques inconsidérés.

Plusieurs domaines d’application sont explorés. Le premier concerne la maintenance prédictive des équipements. La raffinerie compte des milliers de machines tournantes : pompes, turbines, moteurs, compresseurs. L’IA peut analyser les données de fonctionnement de ces machines (vibrations, températures, consommations, bruits) pour détecter les signes avant-coureurs de pannes. Cette détection précoce permet d’intervenir avant la casse, réduisant les coûts de maintenance et évitant les arrêts imprévus de production.

Le deuxième domaine concerne l’automatisation de tâches administratives répétitives et fastidieuses pour l’être humain. L’IA peut traiter automatiquement certains documents, extraire des informations de bases de données complexes, générer des rapports, optimiser des plannings. Ces applications, moins spectaculaires que le pilotage de processus industriels, apportent néanmoins des gains de productivité significatifs.

Le troisième domaine explore l’amélioration de la gestion des données (la « data »). SARA a mis en place un nouvel outil de gestion intégrée de l’entreprise (ERP – Enterprise Resource Planning). L’IA peut être intégrée à cet outil pour consolider les données de manière plus intelligente, détecter des incohérences, suggérer des optimisations, produire des analyses prédictives.

Tous ces cas d’usage visent à rendre SARA plus rapide, plus performante, plus résiliente, avec un devenir positif pour les équipes qui peuvent se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée.

Pour les professionnels souhaitant maîtriser ces outils d’IA et les intégrer dans leurs processus quotidiens, la formation « Gagnez 2 heures au quotidien avec l’IA » d’awitec permet de découvrir comment automatiser efficacement les tâches répétitives et libérer du temps pour l’essentiel.

Claude Cowork : les agents IA arrivent

Une révolution dans l’interaction avec l’IA

L’intelligence artificielle connaît une évolution rapide, et l’une des innovations les plus significatives récentes concerne ce qu’on appelle les « agents IA« . Contrairement aux IA conversationnelles classiques où l’utilisateur doit guider en permanence l’IA pas à pas, les agents IA peuvent recevoir une mission globale et la mener de manière relativement autonome.

Claude Cowork, développé par Anthropic, représente l’une des premières applications grand public de ce concept d’agent IA. Désormais disponible en version live pour tous les utilisateurs disposant d’un abonnement payant, cet outil transforme radicalement la manière dont on peut utiliser l’IA au quotidien.

Le principe : confier une mission, pas des instructions

La différence fondamentale avec une IA conversationnelle classique tient à l’autonomie accordée à l’outil. Plutôt que de donner une série d’instructions détaillées (« fais ceci, puis cela, ensuite autre chose »), l’utilisateur définit un objectif global et laisse l’IA déterminer elle-même les étapes nécessaires pour l’atteindre.

C’est exactement comme confier une mission à un collaborateur humain. On lui explique ce qu’on attend comme résultat final, on lui donne accès aux ressources nécessaires, et on le laisse travailler de manière autonome, en ne demandant que des validations aux étapes critiques.

Cette approche est particulièrement pertinente pour des tâches complexes qui nécessitent plusieurs étapes, des choix intermédiaires, une adaptation aux contraintes rencontrées. L’IA peut explorer différentes pistes, tester des solutions, revenir en arrière si nécessaire, tout en gardant l’utilisateur informé de sa progression.

Un exemple concret : le rangement de fichiers

Une démonstration particulièrement parlante de Claude Cowork concerne l’organisation de fichiers. Beaucoup de personnes accumulent des centaines ou milliers de fichiers dans leur dossier de téléchargements, sans jamais prendre le temps de les trier et de les ranger correctement. Cette tâche, bien que simple conceptuellement, est fastidieuse et chronophage.

Avec Claude Cowork, il suffit de donner la mission : « Organise tous les fichiers de mon dossier téléchargements. Inspecte chaque fichier, comprends de quoi il s’agit, renomme-le de manière cohérente, crée des sous-dossiers par catégorie, et range tout ça sur le bureau. »

L’IA va alors travailler de manière autonome. Elle va d’abord demander l’autorisation d’accéder aux fichiers (pour des raisons de sécurité). Puis elle va analyser le contenu du dossier, identifier les différents types de fichiers (factures, photos, documents, vidéos, etc.), comprendre leur contenu, créer une structure de dossiers logique, renommer les fichiers selon une convention cohérente (par exemple « Facture_Microsoft_Janvier_2025.pdf »), et déplacer chaque fichier au bon endroit.

Pendant ce processus, l’IA explique ce qu’elle fait, étape par étape, permettant à l’utilisateur de suivre la progression et d’intervenir si nécessaire. Une fois la mission terminée, l’utilisateur retrouve un dossier parfaitement organisé, sans avoir eu à traiter manuellement chaque fichier.

Les implications pour le travail

Cette technologie d’agents IA a des implications profondes pour l’organisation du travail. Des tâches qui prenaient des heures peuvent désormais être déléguées à l’IA et réalisées en quelques minutes. Le temps ainsi libéré peut être consacré à des activités à plus forte valeur ajoutée : réflexion stratégique, créativité, relations humaines.

Mais cette automatisation soulève également des questions importantes. Quelles sont les limites à poser ? Quels types de tâches peut-on déléguer sans risque ? Comment garantir la confidentialité des données manipulées par l’IA ? Comment former les équipes à utiliser efficacement ces outils sans devenir dépendantes ?

Ces questions sont précisément celles qu’Olivier COTTA veut adresser en mettant en place une gouvernance claire de l’IA chez SARA. Il s’agit de bénéficier des opportunités tout en gérant les risques de manière responsable.

SARA, acteur de la transition énergétique caribéenne

Un paradoxe fécond

L’histoire de SARA illustre un paradoxe fécond : comment une raffinerie de pétrole, symbole de l’économie fossile, peut devenir un acteur majeur de la transition énergétique. Loin de nier son cœur de métier ou de chercher à se reconvertir totalement du jour au lendemain, SARA assume pleinement sa mission actuelle tout en construisant méthodiquement l’avenir.

Cette double posture – performer sur le cœur de métier tout en diversifiant vers de nouvelles énergies – constitue sans doute le seul chemin réaliste pour une transition réussie. Les territoires auront encore besoin de carburants fossiles pendant des années, voire des décennies. Il serait irresponsable de fragiliser l’approvisionnement au nom d’une transition trop brutale.

Des projets concrets, pas des annonces

Ce qui frappe dans l’approche de SARA, c’est le caractère concret et opérationnel des projets présentés. Il ne s’agit pas d’annonces marketing ou de green washing, mais de réalisations tangibles : ClearGen produit effectivement de l’électricité, Green Rotor désalinise réellement 600 000 litres d’eau par jour, JAR-HY fait rouler des véhicules depuis deux ans et demi, Sargasol a produit son premier litre de biocarburant.

Cette approche pragmatique du « test and learn » permet d’avancer progressivement, de comprendre les défis réels, d’adapter les solutions, de construire les compétences nécessaires. Elle évite les écueils des projets pharaoniques qui ne voient jamais le jour ou des technologies inadaptées au contexte local.

Le rôle central des compétences locales

Un fil rouge traverse tous ces projets : la volonté de mobiliser et de développer les compétences antillo-guyanaises. SARA ne se contente pas d’importer des technologies clés en main, l’entreprise forme ses équipes, expérimente, adapte, innove localement.

Cette approche est essentielle pour plusieurs raisons. D’abord, elle garantit que les emplois qualifiés restent sur les territoires plutôt que d’être externalisés. Ensuite, elle développe un savoir-faire local qui peut ensuite bénéficier à d’autres acteurs. Enfin, elle assure que les solutions déployées sont réellement adaptées aux contraintes locales plutôt que plaquées artificiellement.

Une société à mission qui s’engage

Le statut de société à mission n’est pas qu’un label. Il engage juridiquement SARA à poursuivre des objectifs qui dépassent la seule rentabilité financière. Cette formalisation crée une responsabilité vis-à-vis des territoires, de l’environnement, des générations futures.

Les projets présentés – de l’hydrogène aux biocarburants en passant par le désalement – s’inscrivent tous dans cette logique de responsabilité élargie. Ils visent à réduire l’empreinte environnementale, à sécuriser l’approvisionnement énergétique, à développer des filières locales, à créer des emplois qualifiés, à former les jeunes générations.

Les défis qui demeurent

Malgré ces avancées, des défis majeurs subsistent. Le financement de ces innovations représente des investissements considérables, dont la rentabilité n’est pas toujours évidente à court terme. L’acceptabilité sociale de certaines technologies (notamment l’hydrogène, perçu comme dangereux par certains) nécessite un travail pédagogique important. La réglementation, souvent pensée pour des contextes européens ou nord-américains, n’est pas toujours adaptée aux spécificités ultramarines.

Les contraintes climatiques (cyclones, chaleur, humidité) imposent des surcoûts et des adaptations technologiques. L’étroitesse des marchés locaux limite les économies d’échelle. La dépendance aux importations pour certains équipements et technologies crée une vulnérabilité.

L’importance de l’accompagnement et de la formation

Pour accompagner cette transformation et développer les compétences nécessaires à la transition énergétique, Awitec propose un catalogue complet de formations adaptées aux besoins des professionnels et des entreprises des territoires ultramarins. Du marketing digital à l’utilisation de l’intelligence artificielle, en passant par la gestion de projet et l’optimisation des processus, ces formations permettent aux acteurs locaux de développer leur expertise et de réussir leur transition.

La formation continue est essentielle dans un monde en transformation rapide. Les technologies évoluent, les réglementations changent, les attentes sociétales se transforment. Les professionnels qui ne se forment pas régulièrement prennent le risque de devenir obsolètes. Mais au-delà des compétences techniques, la formation joue aussi un rôle de réseau, de lieu de rencontre, d’espace de partage et d’inspiration.

Un message d’espoir et d’action

Le message porté par Olivier COTTA et Michel YP-TCHA est fondamentalement optimiste. La transition énergétique n’est pas une contrainte subie mais une opportunité à saisir. Elle n’est pas réservée aux startups high-tech mais accessible aux industries traditionnelles qui acceptent de se transformer. Elle ne nécessite pas d’abandonner son cœur de métier mais de le faire évoluer intelligemment.

Les Antilles-Guyane disposent d’atouts considérables pour réussir cette transition : un ensoleillement exceptionnel, des ressources maritimes abondantes, une position géographique stratégique, des compétences techniques de haut niveau, une culture de l’innovation et de l’adaptation. SARA, par son rôle central dans l’écosystème énergétique, a une responsabilité particulière pour mobiliser ces atouts et construire l’avenir énergétique des territoires.

L’entreprise ne prétend pas avoir toutes les solutions, mais elle s’engage à explorer, expérimenter, innover, partager. Cette démarche collaborative, qui associe recherche publique, entreprises privées, autorités locales et compétences internationales, constitue sans doute la meilleure voie pour relever les défis complexes de la transition énergétique.

Au final, l’histoire de SARA démontre qu’il est possible de concilier performance économique, responsabilité environnementale et développement social. Cette conciliation ne se fait pas sans tensions ni contradictions, mais elle trace un chemin praticable vers un avenir énergétique plus durable pour les Antilles-Guyane.

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